Catégories
A la une

Livre blanc « Blockchain & développement durable » (1/2)

Le point de départ de ce rapport est le suivant : « les blockchains peuvent-elles permettre d’accélérer la réalisation des Objectifs du développement durable, et ce de façon significative et soutenable ? ». Une telle ambition soulève d’innombrables questions. Est-il possible concilier certaines blockchains et la dépense énergétique nécessaire à leur fonctionnement avec les Objectifs de développement durable ? Existe-t-il des blockchains publiques dont la sécurisation des transactions n’a pas le même impact énergétique ? La démultiplication des cas d’usage de « Blockchains for good » résulte-t-elle d’une convergence naturelle entre les principes de transparence, de traçabilité, de collaboration et de décentralisation notamment qui sous-tendent les registres distribués de type blockchain et qui sont implicites aux Objectifs d’un développement durable ?

Il nous est donc apparu important de revenir, dans un premier temps, aux fondamentaux du « Programme de développement durable à l’horizon 2030 » et des 17 Objectifs de développement durable, définis dans le cadre des discussions entre les 193 États membres de l’Organisation des Nations Unies et la société́ civile, puis, dans un second temps, de nous interroger sur les fondamentaux des « blockchains », c’est-à-dire la manière dont elles fonctionnent et leur valeur ajoutée, ainsi que leur articulation et leur adhérence avec le monde réel, notamment à travers l’Internet des objets (IoT).

Cette première édition du livre blanc Blockchains & développement durable a permis d’identifier précisément quelque deux cents projets blockchain – chacun se rattachant à la poursuite d’un ou plusieurs Objectifs de développement durable. Ces projets peuvent être rassemblés en dix grands thèmes – (1) Financement et dons, (2) Environnement, énergie et climat, (3) Alimentation et agriculture, (4) Transport et logistique (5) Genre et sexualité, (6) Gouvernement et services publics, (7) Santé et médecine, (8) Banque et économie, (9) Information, journalisme, éducation et culture, ainsi qu’un thème transverse et central, l’identité numérique (0). Le premier constat qui en résulte tient dans la mesure d’un écart significatif entre les ambitions tout azimut, portées par des initiatives et acteurs très variés, et la réalité d’exécution de ces projets qui se heurtent encore à de nombreuses limites, d’ordre techniques mais aussi juridiques, financières, administratives et sociales.

Nécessairement parcellaire, l’étude à la base de ce premier rapport aura permis de définir les grands principes et l’articulation d’un écosystème de monnaies dites programmables ou encore de crypto-actifs reliant différents protocoles de blockchain à la poursuite des Objectifs de développement durable. L’analyse des nombreux projets, dont certains ont d’ores et déjà dépassé le simple stade de la preuve de concept, permet également de valider la pertinence et l’efficacité des modèles s’appuyant sur une architecture technique qui distribue la confiance entre ses utilisateurs, selon des règles prédéfinies, et une gouvernance sans tête ni centre, augurant de nouvelles interactions sociales.

Extrait de la synthèse du livre blanc :

Livre blanc « Blockchains et développement durable », publié en partenariat avec l’Institut Louis Bachelier et l’agence Coreum, rédigé par Jacques-André Fines Schlumberger, Patrice Geoffron, Stéphane Voisin, Pierre Champsavoir, avec les contributions de Noémie Dié et Anne-Cécile Ragot.

Lire la suite

Catégories
Régulation

L’encadrement réglementaire des ICO par la loi PACTE : contenu et enjeux

S’il y a bien un domaine où la France entend se placer comme leader, c’est bien le domaine des ICOs (Initial Coin Offering ou Offre initiale de jetons en anglais). La loi PACTE (relative à la croissance et la transformation des entreprises) pose un cadre législatif inédit sur ces levées de fonds en crypto-actifs, plaçant la France comme acteur de premier rang sur un sujet qui reste énigmatique pour tous les autres systèmes juridiques du monde.

Par Georges Tchikaidze

Lire la suite sur Village-justice.com

 

Catégories
Culture Interviews Publicité

DTube ? Youtube mais sans pub ni exploitation massive de données personnelles

DTube vise à devenir une alternative à YouTube en permettant à ses utilisateurs de regarder ou télécharger des vidéos via IPFS (en français Système de fichiers interplanétaires), un protocole qui permet le stockage décentralisé de fichiers ; il s’appuyait jusque peu sur la blockchain Steem, à laquelle dorénavant s’ajoute une blockchain maison et open source nommée Avalon. Le modèle de DTube est radicalement différent de celui de YouTube. Sur DTube, ce n’est pas le nombre de vues qui comptent, mais le nombre de votes, afin de privilégier la qualité des vidéos plutôt que la taille de l’audience. Sur DTube, les utilisateurs publient, votent, et commentent le contenu et, à travers ces contributions, gagnent une récompense en jetons, appelé DTube Coin (DTC). Ces jetons leur permettront de promouvoir leur contenu sur DTube ou être échangés contre de la valeur (des devises, des biens ou des services).

En un mot, DTube redonne le contrôle des vidéos à leurs créateur en s’appuyant sur une infrastructure décentralisée et une blockchain à travers un système de récompense.

Monté par une petite équipe multinationale avec l’aide de nombreux contributeurs, l’occasion nous a été donnée d’interviewer Philippe, l’un des cofondateurs de DTube.

BL_X : Quelles sont les différences fondamentales entre DTube et YouTube ?

Philippe : Youtube est centralisé avec une forte pression publicitaire et des données personnelles captées pour créer de la valeur pour Google et les annonceurs. DTube est décentralisé, sans publicité et remet l’utilisateur au centre grâce à la distribution de jetons utilitaires (tokens) valorisant les interactions sociales. 

Quel est le modèle de DTube ?

DTube est une plateforme vidéo avec un nouveau business model sans publicité, ne collectant pas les données des utilisateurs. Notre business model est celui des jeux vidéo free-to-play : les utilisateurs peuvent accéder à certains services (accéder aux vidéos, commenter), et en acheter d’autres, comme par exemple, promouvoir un contenu.

Pourriez-vous nous dire pourquoi vous êtes passés de la blockchain Steem à la blockchain Avalon ?

Nous n’avons pas techniquement changé de blockchain, nous utilisons toujours STEEM en parallèle à la blockchain Avalon que nous avons développé. Nous n’avons aucun intérêt de limiter l’accès aux comptes STEEM, notre blockchain nous permet juste d’avoir notre propre token, économie, et règles, au lieu d’hériter des propriétés de STEEM, non-conçues pour un usage purement de type vidéo.

Par conséquent, en postant une vidéo sur DTube, vous pouvez désormais gagner à la fois des DTC (DTube Coins) et des STEEM.

Quatre raisons principales ont mené au développement de la blockchain DTube, appelée Avalon :

  1.   L’expérience utilisateur (notamment onboarding) trop complexe sur STEEM, limitant la conquête de nouveaux utilisateurs. L’élément principal que nous avons changé est l’élimination du besoin de ‘staker’ – [conserver des tokens pendant un temps imparti]. Dans la blockchain Avalon, le DTube Coin génère les ressources (comme le Voting Power et la bande passante), tout en étant totalement liquide.
  2. Le système de distribution de token a été repensé, pour donner la chance à tous les utilisateurs, qu’ils soient anciens ou nouvellement arrivés sur DTube (plus d’avantages aux premiers inscrits). L’inflation monétaire est faite pour rester proportionnelle au nombre d’utilisateurs actifs.
  3. Les récompenses (rewards) sont distribuées aux utilisateurs de manière très différente. Pour la monétisation des contenus, nous n’avons plus aucune limite de 7 jours contrairement à STEEM. Concrètement, les votes peuvent rapporter infiniment dans le temps, ce qui est essentiel pour un contenu vidéo.
  4. Le principe « une chaîne –  une App » : avoir une seule blockchain pour un usage précis (la vidéo) permet de mieux gérer la montée en charge (scaling) et d’apporter des améliorations spécifiques.

500 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube dans le monde ; est-ce qu’une plateforme décentralisée comme DTube peut supporter cette charge de données ?

Depuis notre dernière mise à jour, il est maintenant possible de poster une vidéo déjà hébergée sur d’autres plateformes sur DTube, en mode “embedded”.

L’upload de fichier direct pointe toujours sur nos serveurs d’encoding. [Processus de conversion d’un fichier vidéo en un format numérique compatible avec tous les types de lecteurs web et d’appareils mobiles]. C’est une technologie stable dont nous pouvons gérer la montée en charge autant qu’on le souhaite.

La vraie difficulté de notre projet consiste à remplacer progressivement ce stockage centralisé, en incitant nos utilisateurs à héberger les vidéos eux-mêmes. C’est un challenge car YouTube donne l’impression aux gens que l’hébergement vidéo est gratuit… 

DTube est une plateforme auto-gouvernée, ou un nombre limité de leaders (actuellement 7) sont élus et sont en charge de produire les nouveaux blocks et de sécuriser l’infrastructure. Chaque utilisateur de DTube peut voter pour un maximum de 5 leaders. Expliquez-nous comment cela fonctionne.  

Notre blockchain utilise un consensus de type Delegated Proof-of-stake (DPoS), tout comme EOS ou BitShares. Nous sommes actuellement à 10 leaders actifs, nous visons 20 leaders actifs pour le mainet, élus par la communauté DTube.

Sur la page election, tous les utilisateurs possédant du DTC peuvent voter pour leur leader. Par exemple, si vous possédez 100 DTC, vous pouvez distribuer 10 000 votes pour les leaders. Si vous votez pour 3 leaders, ils recevront 3 333 votes chacun. Ces top leaders, faisant tourner une node (un nœud), sont alors autorisés à participer à la création de blocs. Le DPoS (Delegated Proof of Stake) est le meilleur choix pour permettre une production rapide de blocs (toutes les 3 secondes) et gérer un grand nombre de transactions par seconde.

Parlez-vous de votre Initial Exchange Offerings (IEO) ?

Depuis le 20 septembre, la première private sales de DTube est ouverte : https://token.d.tube/
Nous nous adressons en priorité à nos utilisateurs et aux tout « petits » investisseurs intéressés par le web décentralisé. Dans les mois à venir, DTube vise à réaliser une ou plusieurs IEO (Initial Exchange Offerings), levées de fonds se faisant par le biais d’une pré-vente de jetons sur une plateforme d’échange.

Nous sommes actuellement en discussion avancée avec les leaders mondiaux des plateformes d’échanges de cryptomonnaies.

La plateforme est-elle déjà ouverte à tous ? D’où proviennent les vidéos actuellement en ligne via DTube ?

Oui, depuis quelques jours chacun peut créer son compte : https://signup.d.tube/sale.html

Tout le monde peut gagner ses premiers DTube Coin (DTC) en uploadant, votant et commentant des vidéos.

Par ailleurs, l’accès aux vidéos est accessible à tous à l’adresse d.tube (sans être loggué)

Les vidéos actuellement sur la plateforme proviennent de créateurs (vloggers, crypto-enthousiastes), de curateurs de contenu. Certaines sont hébergées via IPFS, d’autres sur des plateformes vidéo traditionnelles, le partage étant désormais possible à partir d’une url.

 Comment voyez-vous DTube dans 5 ans ?

DTube a l’ambition de devenir le nouveau leader des réseaux sociaux liés à la vidéo, plaçant le respect de l’utilisateur et la transparence avant tout.

Aujourd’hui, notre audience tourne autour du gaming, du vlogging, de la cryptomonnaie et de la food. Dans cinq ans, ma grand-mère, mes collègues ou mes enfants devraient considérer DTube comme ils considèrent YouTube aujourd’hui : une évidence.

Merci !

////////////

DTube – https://d.tube/
Première vente privée de Dtube Coin : https://token.d.tube/
Le Livre blanc de DTube

Catégories
Bonus

DWeb et blockchain ?

Le DWeb a trouvé dans les blockchains un type de technologies pour mettre en œuvre la décentralisation et la distribution sur lesquelles il est fondé. Une blockchain est un protocole de réseau qui aboutit à un registre, distribué en pair-à-pair, dans lequel est inscrit de manière immuable l’historique de toutes les transactions effectuées entre ses utilisateurs. Parce qu’il n’y a pas de centre, on dit des blockchains qu’elles permettent de « distribuer la confiance à travers un réseau » ou encore, selon l’expression de Jacques Favier, elle est une « technologie du consensus » parce qu’elle permet à des utilisateurs d’opérer des transactions et de se faire confiance sans se connaître.

Si les premières applications des blockchains ont servi au transfert d’argent numérique en pair-à-pair, sans passer par une banque, elles se diversifient dorénavant à travers de nouvelles applications portées par cette idéologie de décentralisation, notamment pour « l’enregis­trement du mouvement des données, l’enregistrement de noms d’utilisateurs uniques ou même le stockage de données » comme l’explique Zoë Corbyn.

Certains services du DWeb s’appuient entièrement sur une blockchains et un cryptoactif. Filecoin ou encore Sia sont deux services qui réinventent l’informatique en nuage (cloud computing) et tout particulièrement le stockage de fichiers (cloud storage). Les grands prestataires de cloud, comme Amazon S3, Google Drive ou encore Dropbox, sont partout, sauf dans les nuages, et exploitent d’immenses fermes de serveurs, centralisées, où sont stockées les données de leurs clients qui y accèdent à travers un navigateur web.

Sia, créé en 2014 et opérationnel depuis 2018 ou encore Filecoin, lancé en août 2018 par Protocol Labs, décentra­lisent leurs services de stockage de données « dans les nuages » en mettant en relation des personnes qui ont besoin de stocker des fichiers avec d’autres qui disposent de capacités de stockage sur leur disque dur. Leurs services s’appuient chacun sur une blockchain pour faire fonctionner le réseau et sur une cryptoactif pour acheter ou vendre de l’espace de stockage. Le service rendu par ces entreprises équivaut à celui des acteurs traditionnels du cloud, mais il s’appuie sur une architecture décentralisée, distribuée entre les utilisateurs du service. D’une offre de cloud storage (stockage de données dans les nuages) accessible sur le web, le DWeb propose une offre de decentralized cloud storage (stockage décentralisé de données dans les nuages).

Si le DWeb « a été largement renouvelé par le développement des protocoles blockchains », comme le rappelle Hubert Guillaud, il ne s’agit cependant pas de confondre les deux. De nombreux protocoles et services décentralisés ne s’appuient pas sur les blockchains.

Quels services proposent le DWeb ?

Le DWeb n’en est encore qu’à ses débuts et, même si certains services sont plus développés que d’autres, beaucoup sont encore au stade de l’expérimentation. Zoë Corbyn cite notamment OpenBazaar (une place de marché décentralisée, alternative à eBay ou Amazon), Graphite Docs (une suite bureautique en ligne, alternative à Google doc), Textile Photos (une application de gestion et partage de photo, alternative à Instagram), Matrix (un logiciel de gestion de projet avec une messagerie instantanée, alternative à Slack et WhatsApp) ou encore DTube (alternative à YouTube). Il existe également des réseaux sociaux, comme Akasha ou Diaspora (alternatives à Facebook ou LinkedIn). Un navigateur web expérimental, Beaker, permet non seulement d’accéder à des sites web grâce au protocole http ou https, mais également via un nouveau protocole propre au DWeb, appelé .dat, destiné à explorer et héberger des contenus distribués en web pair-à-pair.

Cet article est un extrait de :

https://la-rem.eu/2018/11/dweb/

Catégories
Agriculture

Open SC : tracer des produits de leur origine au point de vente

Partant du constat que le réchauffement climatique, la disparition d’espèces animales et l’épuisement des ressources naturelles proviennent en grande partie de la production d’un petit nombre de produits consommés tous les jours, tels que les fruits de mer, le bœuf, le sucre, le papier ou encore le coton, WWF Australia et Boston Consulting Group Digital Venture ont fondé en 2018 OpenSC, (SC pour Supply Chain) une plateforme logistique dont les informations sont enregistrées et sécurisées via une blockchain.

La société ConsenSys, fondée par Joseph Lubin d’Ethereum et la startup fidjienne TraSeable Solutions Pte Ltd, spécialisée dans développement durable appliquée aux produits de la mer font également partie du projet. Selon OpenSC, « 70% de la perte de biodiversité provient de la production alimentaire et 70% de ces produits sont contrôlés par moins de 500 entreprises[1] ».

OpenSC permet ainsi aux organisations et aux particuliers de « vérifier à la source les affirmations concernant une production durable et éthique et de tracer des produits de leur origine au point de vente[2] ».

La plateforme OpenSC est déjà utilisée par Austral Fisheries, filiale du groupe japonais Maruha Nichiro, l’une des plus grandes entreprises au monde de pêche, d’aquaculture et de transformation des aliments. Austral Fisheries a pour activité, entre autres, la pêche de légine australe capturée dans les eaux subantarctiques avant d’être expédiée dans treize pays.

Partant du constat que trop de poissons dans le monde sont capturés illégalement dans des zones protégées ou par des navires non immatriculés, le dispositif combine plusieurs technologies : Données de surveillance des navires, logiciel d’apprentissage automatique (machine learning), tag RFID et internet des objets (IoT) et enfin, blockchain.

Mêlant blockchains et technologie d’apprentissage automatique (Machine Learning) (ML), OpenSC a développé pour Austral Fisheries un algorithme combinant plusieurs sources de données pour vérifier que les navires de la compagnie ne pêchent que dans des zones légales.

Lorsque le navire entre dans des zones de pêche illégales, qu’il a cependant le droit de traverser, le modèle utilise les données relatives à la vitesse, à la météo et à la profondeur de la mer pour déterminer s’il est probable que le navire soit en train de pêcher.

Lors de la pêche, a priori dans une zone autorisée, une étiquette RFID est apposée sur chaque poisson juste après sa capture, et la position GPS du navire est associée au poisson. Toutes ces informations sont enregistrées dans une blockchain.

Grâce à l’identifiant unique associé au poisson, son parcours devient transparent, depuis sa capture en Antarctique, en passant par sa transformation en Australie et enfin sa distribution en Asie, en Europe et aux Etats-Unis. Un dispositif de surveillance de la température permet également de s’assurer que le poisson a respecté les normes sanitaires en vigueur tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Lors de sa transformation en Australie, le poisson est découpé en filet et, grâce au tag RFID, chaque emballage est assortie d’un QR Code qui permettra au consommateur final d’avoir accès à l’ensemble de la chaîne logistique, de la pêche à l’assiette.

 

OpensSC a développé l’infrastructure technique qui permet à Austral Fisheries de visualiser à travers un tableau de bord de gestion l’ensemble de ces informations, qui lui seront également utiles pour optimiser ses opérations de pêche.

[1] WWF Australia, wwf.org.au et Opensc.com

[2] Idem.

 

Catégories
Services publics

En France, le Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) bascule sur une blockchain privée déployée par IBM

« Ce projet, fruit d’un partenariat né d’une initiative autonome entre plusieurs greffiers des tribunaux de commerce et IBM, s’inscrit dans la continuité des efforts que nous menons pour être précurseur dans l’appropriation de technologies innovantes, et renforcer la qualité du service public de la justice commerciale dévouée aux attentes et exigences des entreprises du monde économique d’aujourd’hui, multipolaire et interconnecté » expliquait dans un communiqué de presse Sophie Jonval, Présidente du Conseil national des greffiers.

Les greffes des tribunaux de commerce, au nombre de 134 en France, ont pour fonction la « tenue des registres légaux, du registre du commerce et des sociétés (RCS), et des fichiers d’inscription et de publication« . Quelque 1900 greffiers s’occupent chaque année de plusieurs millions de formalités au RCS/RSAC/RSEIRL et gèrent plus de 50 millions de documents numérisés.

Très dynamique dans le domaine du développement informatique, les greffiers se sont même organisés en GIE, myGreffe, pour initier une « une dynamique collaborative entre une équipe de greffiers et de développeurs (informatiques) qui travaillent à leurs côtés depuis plus de 30 ans » et créer un logiciel métier, conçu pour couvrir l’ensemble des fonctions dévolues aux greffes. 3/4 des greffiers utilisent myGreffe. Replay Software avec son logiciel Lutecia qu’il développe depuis 10 ans, équipe quant à lui une quinzaine de greffes dont celles de Paris.

Le 14 mars 2019, le Conseil national des greffes des tribunaux de commerce a annoncé le déploiement, avec succès, d’un réseau blockchain entre quatre greffes à Saint-Etienne, Lyon, Meaux et Paris.

Il a été mis en œuvre avec le protocole Hyperledger Fabric et a été développé par IBM. L’objectif est d’interconnecter en pair-à-pair les différentes greffes des tribunaux de commerce afin de palier à la gestion de bases de données multiples, renforcer la sécurité du système existant, et pouvoir ainsi échanger et enregistrer toutes les transactions liées au cycle de vie des entreprises de manière plus rapide.

Le registre distribué sera notamment utilisé pour consigner et partager des informations relatives aux échanges d’informations réglementaires liées aux entreprises en difficultés, ainsi qu’à l’enregistrement du changement de statut des sociétés enregistrées sur le territoire français, comme le changement de siège du tribunal auprès duquel une société est enregistrée, le changement de raison sociale, l’ajout d’une nouvelle succursale, voire même la dissolution de l’entreprise.

Il est dores et déjà prévu que ce pilote soit déployé à plus grande échelle durant le 1er semestre 2019.

Catégories
Interviews Transfert d'argent

Est-il possible de réserver en ligne sans passer par une plateforme de réservation ?

Réserver… un hôtel ou un appartement, des bureaux, une salle de réunion, un studio de musique ou une galerie d’art. Réserver… un vélo, une trottinette, une voiture, un train, un avion, un bateau, un taxi. Réserver… une place de cinéma, de théâtre, de musée, de spectacle. Réserver… un restaurant, un traiteur… Cette liste à la Prévert pourrait encore continuer. Sur le web, tout se réserve. Ces services sont d’ailleurs devenus le cœur de métier de quelques géants du web, des plateformes de réservation, qui s’accaparent l’essentiel du marché selon leur domaine d’activité, à l’instar de Booking.com et Expedia pour les hôtels.

S’appuyer sur une blockchain pour sécuriser la réservation d’un service entre une entreprise et un utilisateur permettrait de se passer d’intermédiaire, et donc de la commission correspondante qui peut représenter 15 à 35% du prix final.

C’est l’ambitieux pari d’une entreprise créée en 2017 par Vidal Chriqui et Hervé Hababou qui développe un protocole open source appelé BTU Protocol et implémenté sur la blockchain Ethereum.

Ethereum est une blockchain de deuxième génération, inventée en 2015 par Vitalik Buterin. Ce protocole d’échanges décentralisés permet la création de « smarts contracts » qu’il convient de traduire en français par « contrats autonomes » ou, selon son inventeur, « scripts persistants ». Ces contrats autonomes permettent de vérifier et de mettre en application des accords mutuels qui sont enregistrés et consultables publiquement dans la blockchain d’Ethereum. L’intérêt de ces contrats est qu’ils sont autonomes, répliqués dans tous les nœuds de la blockchain, et que, bien sûr, leur exécution ne passe pas par un tiers de confiance pour en garantir la validité. Ethereum met à disposition le standard ERC20, sur lequel pratiquement toutes les ICO s’appuient, ces fameuses levées de fonds en crypto-devises. Mais il existe d’autres protocoles Ethereum, comme l’ERC-721, dont le token n’est pas fongible, l’ERC-1202, un protocole de vote ou encore l’ERC-808, qui nous intéresse ici, un protocole décentralisé de réservation inventé par BTU Protocol.

 

Ainsi, plutôt que s’attaquer au monopole des plateformes de réservation en créant une blockchain dédiée ou encore un token adossé à une blockchain existante, BTU Protocol propose un standard de réservation sur la blockchain publique Ethereum pour que n’importe quelle application décentralisée ou site web puisse l’intégrer et facilement l’utiliser.

L’écosystème proposé par BTU Protocol prévoit ainsi l’utilisation d’un smart contract fonctionnant sur la blockchain Ethereum, un module à intégrer pour l’entreprise qui propose un service à réserver ou à louer ainsi qu’un jeton, le BTU token, qui sécurise les transactions dans le système. L’objet du jeton BTU est plus d’encourager les comportements appropriés, tels que récompenser les réservations réussies et faire respecter les règles en matière d’annulation tardive et de non-présentation que de spéculer sur sa valeur.

L’occasion nous a été donnée de rencontrer Vidal Chriqui pour en apprendre plus sur BTU Protocol et ses perspectives de développement.

Blockchain__X : Vous avez créé BTU Protocol en février 2018, quel a été votre parcours auparavant ; quand et comment vous êtes vous intéressé aux blockchains ?

Vidal Chriqui : J’ai découvert le Bitcoin par hasard en 2011. En tant qu’ingénieur et architecte qui avait travaillé sur des systèmes distribués, c’était pour moi une découverte fantastique, un chef d’oeuvre d’architecture informatique qui proposait une solution économique à certains problèmes (attaques sybilles) que la technologie ne savait pas résoudre.

Je me suis progressivement passionné pour le sujet grâce à des podcasts et aux ressources disponibles sur Internet pour les développeurs … jusqu’à lancer la première web-série francophone sur le sujet : Blockchain Révolution. J’ai participé à beaucoup d’initiatives, d’évangélisation et travaillé comme conseil sur le lancement de plusieurs émissions de tokens en France et à l’étranger.

Ce qui me passionne avant tout, c’est que nous assistons à la naissance d’un nouveau modèle d’entreprise, de création et de partage de valeur.

L’aboutissement de mon parcours dans cet écosystème est le lancement de BTU Protocol dont nous allons parler aujourd’hui.

BTU Protocol remet en cause les plateformes de réservation centralisées. En une phrase, comment présenteriez-vous BTU Protocol ?

A l’image du bitcoin qui a introduit le paiement pair-à-pair et la disruption des banques, BTU Protocol a introduit la réservation pair-à-pair et la disruption des plateformes de réservations en ligne.

Dit autrement, BTU Protocol propose un circuit-court (ou plus court) pour tous les types de réservations.

Le grand public connaît déjà le circuit-court agricole : plutôt que d’acheter ses aliments à l’hypermarché, on les achète en direct auprès de l’agriculteur. BTU Protocol étend cette logique à tous les secteurs : ainsi, on peut par exemple désormais réserver une nuitée directement chez un hôtelier plutôt que passer par une plateforme monopolistique et se voir dicter une commission élevée.

En proposant un protocole de réservation fonctionnant sur la blockchain Ethereum, vous permettez à des entreprises et des clients d’effectuer des transactions sans passer par un intermédiaire. L’écosystème que vous avez imaginé repose sur des blogueurs, des influenceurs, des groupes médias ou encore des développeurs et des éditeurs de logiciel qui vont intégrer votre outil afin de proposer, à leur audience, de réserver un service ou un bien. Or, pour le client final, la plus value d’une plateforme centralisée est justement de retrouver, en un seul endroit, l’offre la plus large possible. Comment répondez-vous à cette problématique ?

Nous ne sommes pas contre les intermédiaires, nous sommes juste contre les monopoles. En fait, BTU Protocol libéralise le métier d’intermédiaire de la réservation. Grâce à notre widget (ou à nos API pour ceux qui peuvent construire leur UX), tout le monde peut rentrer gratuitement dans le “métier” de la réservation hôtelière. Du coup, on brise les monopoles du secteurs et les commissions peuvent devenir plus « justes ».

Notre approche est très pragmatique : il n’y a pas assez d’utilisateurs capables de manipuler un protocole blockchain et un token, ces nouveaux intermédiaires sont nécessaires car ils permettent aussi de masquer la complexité de la blockchain à leur audience.

A terme (10 voire probablement 20 ans), quand tout le monde saura manipuler des protocoles blockchain, on pourra se passer d’intermédiaires et on basculera dans la réservation pair-à-pair la plus aboutie.

Votre service s’adresse donc plus aux affiliés qui vont intégrer votre widget de réservation sur leur site web qu’à l’utilisateur final qui effectue la réservation. L’intérêt pour l’affilié est de percevoir une commission et pour l’utilisateur final, de réaliser une opération de cash back sur le montant dépensé, payée en BTU Token. Comment cette commission est-elle calculée et que représente-t-elle par rapport à la commission des grandes plateformes de réservation ?

Oui, à ce stade de l’adoption blockchain, notre service vise les sites qui veulent monétiser leur audience et gagner des crypto-monnaies. Nous les appelons des « mineurs » dans une vision de type « generalized mining » car ils « minent » des clients pour les hôteliers ou tout autre fournisseur de service.

Pour les utilisateurs avancés (encore trop minoritaires) qui savent naviguer sur un “dapp-browser”, ils sont directement rémunérés pour leur utilisation du service.

De notre coté, BTU Protocol reverse intégralement la commission donnée par les fournisseurs de services (hôtel, etc…) car le modèle est à 0% de commission pour BTU Protocol.

En octobre dernier, BTU Protocol a lancé à Paris un service de réservation d’une voiture à bas coût, en partenariat avec la société de location de voitures « 2A4R Auto ». Quels sont les retours aujourd’hui ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

La flotte a été est intégralement louée en décembre 2018 et l’année 2019 a très bien démarrée. Cette première mise en production nous a permis de faire gagner de la maturité à notre logiciel et préparer une mise en production plus massive dans le secteur de l’hôtellerie.

Coté loueur, les conditions commerciales ont été revues pour favoriser de la location à la semaine ou sur des plus longues durées. Pour les locations moyenne durée, le service a diminué de prix (16 euros par jour en moyenne), mais pour des “journées isolées”, le prix a augmenté. Pour rappel, nous sommes uniquement, le protocole de réservation, ce sont les fournisseurs de service (ici le loueur de véhicule) qui fixent les conditions tarifaires.

Vous avez lancé le 7 janvier 2019 « BTU Hôtel », un service qui permet de réserver sans commission un hôtel parmi plus de 2 millions à travers le monde. Vous vous êtes appuyés sur un éditeur de logiciel qui agrège 110 sources de données dans la réservation hôtelière à destination des grands comptes et des agences de voyages. Quel est leur intérêt de proposer des offres sans commission pour eux?

Grâce à BTU Protocol, l’éditeur de logiciel en question a pu étendre ses canaux de distribution en diffusant son inventaire exhaustif sur des nouveaux segments de clients qui ne sont pas adressables aujourd’hui par une structure commerciale « traditionnelle ». L’avantage est très concret en terme de nouveau business généré.

A noter que le service BTU Hotel est un service qui nous permet d’avoir des retours utilisateurs et améliorer les widgets que nous diffusons via des sites à fort trafic.

BTU Protocol peut également s’appliquer au commerce de bouche. Parlez-nous de votre démonstrateur avec la Maison GK. De quelle manière pourrait-il se généraliser sur ce secteur ?

Il s’agissait pour nous d’un pilote pédagogique pour illustrer le fait que notre protocole s’applique à beaucoup d’autres industries que celle du voyage dont nous parlons beaucoup quand nous donnons des exemples.

Ce démonstrateur a permis de prendre des contacts dans l’industrie de l’épicerie fine qui est très concernée par le circuit court et qui comprend parfaitement les enjeux de notre technologie. Nous espérons étendre rapidement ce pilote.

Vous avez réalisé une importante ICO, de l’ordre de 5,5 millions de dollars. A quoi ces fonds sont-ils destinés et quel est le modèle économique de BTU Protocol ?

Les fonds récolté par notre vente de tokens sont destinés au développement du protocole, à son déploiement et à sa promotion. Nous avons aussi monté un fonds d’écosystème pour accélérer les projets connexes clés qui sont nécessaires au bon fonctionnement de notre protocole. Ainsi, nous avons participé au récent tour de table de Coinhouse, partenaire clé pour l’adoption des crypto actifs par les entreprises utilisatrices de BTU Protocol.

Quant à notre modèle économique, il est très direct : notre objectif est de créer de l’usage afin de valoriser notre token et la réserve (20% de la supply) de la société. C’est l’appréciation (à terme) du token BTU qui permettra de faire perdurer notre écosystème.

Comment voyez-vous l’avenir de la réservation en ligne et quelles sont vos pistes de développement ?

Nous pensons que la réservation du futur va être décentralisée (en terme de canaux) et que notre protocole contribuera à rendre les commissions de ce secteur plus juste. Aussi, la réservation se fera sur des nouveaux canaux tels les assistants vocaux disponibles sur tous les appareils de la maison, également depuis les tableaux de bord des automobiles de la future génération et enfin via les micro-influenceurs.

Pour les utilisateurs, nous basculerons progressivement d’un intermédiaire subi (monopole) à un intermédiaire choisi (micro-influenceur ou nouveaux médias).

Merci !

——

BTU Protocol //  Linkedin / Facebook

Catégories
Culture Publicité

Interview de Pascal Gauthier, président de Ledger, au sujet des blockchains et du marketing mobile

Président de @Ledger, Pascal GAUTHIER était au Mobile Marketing Forum Paris 2018 pour une conversation sur le thème de l’impact de la blockchain sur le marketing mobile
Catégories
Interviews Transport, logistique & traçabilité

Blockchain et chaîne logistique : suivre les objets ou rendre responsables les gens qui les suivent ?

Une interview de Clément Bergé-Lefranc, co-fondateur de Ownest.  

La « gestion de la chaîne logistique » constitue pour les entreprises un enjeu compétitivité de premier plan qui dépasse largement la simple organisation pratique de leur activité. En anglais « supply chain management », elle désigne le suivi et le pilotage de l’ensemble des flux de marchandises et des flux financiers qu’une entreprise opère entre la production et le client final. Ces flux s’articulent entre une organisation interne (usine, entrepôts, distribution, transports) et des relations extérieures (fournisseurs, producteurs, transporteurs, prestataires).

Depuis le développement de l’informatique, du réseau et des données, la gestion de ces flux s’appuie sur une palette d’outils de planification, de fabrication, d’optimisation des stocks, de transport et d’entreposage, de qualité et de gestion des données s’y rattachant, dont l’ultime objectif est de suivre au plus près, idéalement en temps réel, le mouvement perpétuel d’une entreprise en action.

Parce qu’une chaîne logistique implique des acteurs de plus en plus nombreux, qui parfois ne se connaissent pas ou peu et se font peu confiance, l’utilisation de blockchains pour distribuer la confiance à travers le réseau pourrait considérablement simplifier leurs relations et leurs interactions. A charge cependant d’utiliser ces registres distribués de la bonne manière.

Pour nous en parler, Clément Bergé-Lefranc, co-fondateur de Ownest, une plateforme blockchain spécialisée sur le sujet.

Blockchain__X : Avant de présenter Ownest, pourriez-vous nous décrire le parcours et l’expérience des fondateurs ? Quand avez-vous découvert les blockchains ?

Clément Bergé-Lefranc : Après des études d’économie et de droit en France et de marketing international aux Etats-Unis, j’ai monté et dirigé, avant d’être diplômé, la filiale française d’une société de conseil et de formation dans laquelle je suis resté quatre ans. J’ai ensuite rejoint un éditeur de logiciel, leader français dans le monde de l’assurance pendant quatre ans à nouveau. C’est courant 2015 que j’ai commencé à m’intéresser aux cryptomonnaies et assisté à des conférences sur le sujet, que ce soit en France et à l’étranger. Et c’est lors de ces évènements que j’ai rencontré mes associés, Quentin de Beauchesne et Christophe Henot, avec lesquels nous avons monté une première entreprise de conseil, Ledgys, puis Ownest en 2017.

Nous avons donc tous les trois commencé à nous intéresser aux blockchains vers 2014/2015. Quentin de Beauchesne, ingénieur en électronique de formation, s’est rapidement tourné vers le développement informatique. Il est à l’origine de Cryptofr, une des communautés francophones les plus actives sur le sujet. Christophe Henot, quant à lui, est enseignant chercheur en finance à la Sorbonne. Nous sommes tous les trois très impliqués sur le sujet ; En juin 2016, nous avons co-créé avec Alexandre Stachtchenko l’association La Chaintech pour fédérer les acteurs français des blockchains et faire en sorte de s’exprimer d’une seule et même voix.

Ownest est une entreprise blockchain spécialisée dans la gestion de la chaîne logistique. Si vous deviez décrire votre activité en une phrase, laquelle serait-ce ?

Ownest permet, en terme de responsabilité, de « se refiler la patate chaude sur une chaine logistique »

« Tracer les responsabilités sur une chaine logistique ». C’est à dire, être capable de savoir qui est responsable de quoi sur n’importe quelle chaine logistique. Dit encore autrement, Ownest permet, en terme de responsabilité, de « se refiler la patate chaude sur une chaine logistique ».

La chaine logistique n’a pas attendu les blockchains pour s’informatiser. Les promesses de l’Internet des objets (Internet of things) est de pouvoir associer un tracker à n’importe quel objet afin d’en assurer le suivi en temps réel. Quelles sont les problématiques actuelles rencontrées dans le monde de la chaîne logistique auxquelles répondent précisément les blockchains, et tout particulièrement celle d’Ownest ?

Avec la complexification de la chaîne logistique, il y a de plus en plus d’acteurs mais de moins en moins de responsables

Cela fait effectivement quelques années que le monde de la logistique souhaite géolocaliser des produits. On met donc un tracker sur un produit ; le produit se perd. On retrouve la trace du tracker, identifie l’entrepôt où il doit se trouver et l’on retrouve le tracker… qui s’est finalement détaché du produit. On se retourne donc vers le Responsable de l’entrepôt qui nous assure que le produit, lui, est bien parti. Donc retour à la case départ. Avec la complexification de la chaîne logistique et la diversité des opérateurs qui interviennent, il y a de plus en plus d’acteurs mais de moins en moins de responsables.

En réalité, la problématique de départ, savoir où sont les produits, n’est pas correctement posée. Ce n’est pas tant le produit que l’on souhaite suivre mais la personne qui en est responsable. Chez Ownest, on suit l’objet à travers la chaîne de responsabilité.

On ne créé pas notre propre blockchain, ça n’aurait pas de sens, nous utilisons les blockchains publiques comme outil de sécurisation décentralisé des transferts

On a mis en place un mécanisme de consensus qui consiste à faire se rencontrer des gens qui ont des objectifs différents : pour l’un, ce sera d’avoir le bon produit et de le présenter dans de bonnes conditions, pour l’autre, ce sera de vérifier qu’il est effectivement en bonne condition et le récupérer ; c’est à ce moment qu’opère le transfert de responsabilité et c’est cette interaction que nous enregistrons dans une blockchain. Publique bien évidemment. Pour que le transfert de responsabilité soit opposable à tous, parce que vérifiable par les différents intéressés, il faut que ce transfert de responsabilité soit enregistré dans une blockchain publique, comme Ethereum, mais nous sommes multi blockchains et pouvons travailler avec d’autre comme Litecoin ou encore Ethereum Classic. On ne créé pas notre propre blockchain, ça n’aurait pas de sens, nous utilisons les blockchains publiques comme outil de sécurisation décentralisé des transferts . D’un point de vue métier, nous traçons la responsabilité en plus de l’objet.

Il ne s’agit donc pas de déployer des blockchains pour suivre la hype du moment. Quels sont actuellement les écueils des projets blockchain déployés sur une chaîne logistique ?

Mettre en place une blockchain permet de faire de l’horodatage (timestamping). Tout dépend donc des informations que l’on va horodater. Par exemple, on voit des projets blockchains qui permettent à chacun des acteurs d’une chaine logistique d’horodater du déclaratif. Si quelqu’un déclare n’importe quoi, on pourra rapidement l’identifier. Mais si tout le monde raconte n’importe quoi, cela devient vite beaucoup plus compliqué.

La révolution blockchain, c’est d’agencer les effets collatéraux des objectifs individuels de chacun.

Deuxième type de projet, on va faire en sorte que ce soit les objets (palettes, cartons, camions etc.) qui horodatent automatiquement des informations en les dotant de capteurs et tags. On entre de plain-pied dans le domaine de l’Internet des objets. (lien La rem)Mais le problème, à nouveau, c’est qu’il est très facile d’usurper des composants IOT, qui plus est en masse.

Or ce qui est vraiment révolutionnaire dans les blockchains, c’est que l’on peut individualiser des objectifs : quand on fait un transfert d’un bitcoin, mon objectif, c’est que la personne le reçoive. L’objectif de celui à qui il est envoyé, c’est de le recevoir effectivement. L’objectif individuel du mineur, ce sera de sécuriser la transaction pour percevoir la récompense. La révolution blockchain, c’est d’agencer les effets collatéraux des objectifs individuels de chacun.

Si un projet n’arrive pas à mettre en place un mécanisme de consensus qui soient impliquant pour toutes les parties, le projet ne s’appuie pas sur ce qui fait la plus-value des blockchains.

Beaucoup de projets blockchain vont dans le mur parce qu’ils ne s’appuient pas sur ces objectifs individuels de chacun.

Les blockchains, d’un point de vue politique, signent-elles l’avènement de nouvelles gouvernances ?

Ce sont plutôt de nouvelles formes d’organisation

Rendre transparentes des informations impacte forcément les gouvernances à l’œuvre dans les entreprises. Mais est-ce que ce sont vraiment de nouvelles gouvernances ? Peut-être pas.

Quand on lance un projet aujourd’hui, le premier reflexe est de regarder qui sont les acteurs crédibles et monter le projet en réunissant tout le monde autour de la table. Mais dans une logique Blockchain cela pourrait être de travailler en mode studio pour analyser et comprendre quels sont les objectifs individuels de chacun, sur toute la chaîne de valeur, et voir comment leur apporter une solution individuelle. Chacun des acteurs viendraient naturellement autour de la table selon leur objectif propre, ce qui est finalement beaucoup plus simple. Ce sont plutôt de nouvelles formes d’organisation.

Vous avez déployé pour Carrefour un applicatif qui permet de tracer les supports de manutention entre ses entrepôts, les transporteurs indépendants et les magasins de proximité. Quelles étaient les problématiques de départ pour Carrefour ?

Celles classiques de logisticien : des pertes, des vols, des dégradations de supports de manutention. Carrefour avait commencé le déploiement de tracker LoRa, un dispositif électronique de suivi qui utilise un réseau bas débit dédié à l’Internet des objets. (lien La rem – internet bas débit). Nous sommes venus nous greffer sur le projet et avons déployé notre solution. Assez rapidement, Carrefour s’est posé la question de savoir ce qui était le plus important : avoir l’information certifiée de la chaîne de responsabilité ou équiper de tracker une flotte de supports de manutention… Le test se prolonge sur la région Ile-de-France et concerne le suivi de plusieurs dizaines de milliers de supports.

Il s’agit donc de pouvoir tracer, en temps réel, l’ensemble des supports de manutention qui transitent entre les entrepôts de Carrefour, les transporteurs indépendants et les magasins de proximité. Concrètement, qu’est-ce que le projet T-Roll a changé dans le quotidiens des travailleurs qui manipulent ces supports ? Est-ce qu’il a fallut les former ?

L’objectif était de créer l’interface la plus simple possible pour que quiconque puisse s’en emparer. Nous avons développé une application, accessible en Webapp et en applications natives (Google et Apple). L’interface permet de détenir et de gérer son « portefeuille de responsabilités », c’est à dire accepter, transférer, refuser une responsabilité. C’est très simple, Un projet Ownest c’est finalement plus de la conduite du changement.

Sur quels projets ou déploiement opérationnel travaillez-vous en ce moment ?

Nous déployons en ce moment un produit avec La Poste, « Delivery from store », qui s’adresse à une clientèle étrangère qui fait ses achats en boutique et souhaite ensuite se faire livrer à l’hôtel, à l’aéroport ou chez eux, à l’étranger. Ownest s’occupe du transfert de responsabilité sur la chaine logistique. Lorsqu’un client étranger rentre dans un magasin et fait un achat, la responsabilité du produit incombe d’abord à l’enseigne, puis se transfère au centre de traitement de La Poste, puis aux services de transport etc. Nous avons initié les premiers tests de ce produit La Poste avec une enseigne de Monoprix pour offrir ce type de service à cette clientèle étrangère.

Nous accompagnons également Orange, sur du déploiement de réseau à l’étranger ou encore travaillons avec CDiscount pour déployer un nouveau service en France.

Merci !

————————————————————————

Ownest / – Linkedin – Youtube

Catégories
Culture Journalisme

Blockchain et journalisme ! Mais quel rapport ?

Civil.co, mais aussi Nwzer, Userfeeds, Factmata  Po.et, fondé par l’un des anciens vice-présidents du Washington Post, tous ces projets s’appuyant sur une blockchain ont pour objectif idéal de renouveler la manière dont le journalisme fonctionne.

Depuis son invention au milieu du 19e siècle, le modèle d’affaire du journalisme et plus largement des médias qui les emploient se fonde sur un équilibre, parfois bancal, entre le lectorat ou l’audience, le média et ses journalistes, et enfin les annonceurs. Aujourd’hui, peu de médias s’appuient uniquement sur des recettes provenant de leur lectorat. En France, on peut citer notamment Le Canard enchaîne en version imprimée ou encore Mediapart en version numérique.

Le premier épisode de cette saga « blockchain et journalisme » commence donc avec The Civil Media Company, Civil.co, qui souhaite créer « une plateforme pour un journalisme durable » en s’appuyant sur un token, CVL, fonctionnant sur la blockchain publique Ethereum.

The Civil Media Company ou Civil.co

« Nous sommes une place de marché pour le journalisme : écrire, lire, y réagir et le soutenir. Nous visons à rétablir un lien plus direct entre les lecteurs (ou «citoyens», comme on les appelle chez Civil) et les journalistes (« newsmakers »), tout en écartant les annonceurs, les éditeurs et les autres tiers de l’équation. Nous ne sommes pas un media qui publie de l’information : nous sommes une plate-forme sur laquelle les journalistes peuvent fonder et gérer de manière indépendante des salles de rédaction spécialisées dans le journalisme d’investigation, le journalisme politique et le journalisme local.

Nous pensons que le modèle économique des médias orienté vers la publicité tue lentement le bon journalisme – qui est l’un des piliers pour des sociétés libres et démocratiques. Nous présentons donc un nouveau modèle ».

L’idée de Civil, qui n’est donc pas de réinventer le journalisme mais son modèle économique consiste à imaginer un « journalisme distribué » entre les lecteurs et les journalistes où les intermédiaires – annonceurs, éditeurs, tierces parties non journalistiques, seraient écartés.

Civil propose de résoudre deux problèmes inhérents au journalisme moderne en fonctionnant sur une blockchain : la permanence ou l’immuabilité de l’information, qui pourrait ainsi résister à la censure, et la gouvernance, traditionnellement tenue par le média et ses dirigeants au sein duquel sont employés des journalistes.

  • La permanence de l’information, consiste en la possibilité de créer un enregistrement non modifiable de données qui échapperont donc au contrôle d’une seule entreprise. Pour le journalisme, cela signifie que les archives pourront être stockées de manière permanente – et ne pourront être sujettes à la censure du média. Civil s’appuie sur la blockchain Ethereum pour s’assurer que les données sont distribuées sur un réseau sans serveur centralisé que personne ne contrôle unilatéralement.
  • La gouvernance consiste en la capacité à créer des structures de pouvoir radicalement différentes qui répartissent efficacement la prise de décision à travers le réseau, par opposition à une concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu ou d’un petit groupe d’individu. Selon Civil, « la Blockchain fournit un mécanisme qui permet aux communautés – c’est à dire aux salles de rédaction – de se gouverner sans une autorité centrale et d’assurer l’indépendance à long terme de la plateforme ».

Le modèle de gouvernance ouverte accorde ainsi aux citoyens qui s’impliquent auprès de ces salles de rédaction (en faisant leur promotion, en vérifiant des faits, en attirant de nouveaux lecteurs etc.) une variété de droits de vote exécutoires.

« En cas de litige – par exemple, si une personne a commis une violation de l’éthique, elle peut contester une action et un vote aura lieu, donnant lieu à une décision qui sera exécutoire sur l’ensemble de la plate-forme ».

Pour participer à la gouvernance de la plate-forme, comme solliciter des salles de rédaction, les utilisateurs sont invités à effectuer des transactions avec un token appelé CVL. Ces tokens sont des jetons issus d’un smart contract fonctionnant sur la blockchain Ethereum et permettent d’interagir avec la plateforme sans passer par un intermédiaire.

Selon ce modèle, le financement d’une salle de presse serait « toujours traçable et transparent ; les citoyens peuvent voir où les salles de rédaction obtiennent leur financement et qui les soutient. Nous pensons que cela apportera un autre niveau d’honnêteté à la plate-forme ».

Le token CVL ne servira pas à accéder aux contenus de ces salles de rédaction mais bien participer à leur gouvernance.

Les newsrooms (salles de rédaction)

N’importe qui peut faire une demande pour devenir une salle de rédaction sur la plateforme de Civil.co : « une salle de rédaction peut être pro-Trump, anti-Trump, pro-NRA, anti-NRA… Il n’y a aucun problème tant qu’elle produit des informations factuelles et vérifiables. […] Toutes les idéologies et toutes les croyances sont bienvenues », expliquait Matt Coolidge, l’un des fondateurs.

Pour être acceptée par la plateforme, une « salle de rédaction » doit fournir un certain nombre d’informations, mais aussi détenir un stock de token CVL.

Aujourd’hui au nombre de dix-huit, les salles de rédactions, devront se conformer aux règles d’une « une constitution du journalisme éthique ». Et ce sont donc les lecteurs qui participent à gouvernance qui veillent à ce qu’elle soit bien respectée par la salle de rédaction.

Par exemple, The Colorado Sun est un « média d’information, sans publicité et détenu par ses journalistes », des journalistes qui ont claqué la porte du Denver Post pour qui ils travaillaient auparavant.

Les partenariats

Le 28 août 2018, The Civil Media Company et Associated Press (AP) ont annoncé un partenariat dont l’intérêt, pour AP, serait de pouvoir établir et suivre les droits des contenus fournis par l’organisation.

Le 9 octobre 2018, The Civil Media Company a annoncé un partenariat avec Forbes, qui souhaiterait utiliser la plateforme Civil pour archiver de manière permanente ses contenus dans un environnement décentralisé. Forbes a pour projet d’essayer la plateforme à partir de l’année prochaine, en utilisant les logiciels de gestion de contenu de Civil.co, appelé Bertie. Les contenus seront alors publiés à la fois sur Forbes.com mais également sur le réseau distribué de Civil.

Une ICO ratée

The Civil Media Company a lancé une ICO entre septembre et octobre 2018, avec pour objectif de lever l’équivalent de 24 millions de dollars et un minimum de 8 millions.

Mais ce sont seulement 681 personnes de 61 pays différents qui ont totalisé 1,3 millions de dollars dont plus de 80% ont en fait été apportés par ConsenSys, une société américaine de technologie blockchain fondée par Joseph Lubin, l’un cofondateur d’Ethereum, qui avait déjà soutenu Civil à hauteur de 5 millions de dollars en octobre 2017.

L’une des raisons de cet échec tient à ce que Civil n’ait autorisé l’achat de CVL qu’aux personnes envisageant de réellement utiliser les jetons pour utiliser la plateforme Civil.com Ces acheteurs devaient donc réussir un test avant de pouvoir effectuer leur achat, d’une certaine complexité selon les dires de certains, ce qui a écarté bon nombre d’investisseurs.

Le 16 octobre 2018, Civil a annoncé que les personnes ayant investi dans cette première ICO seront remboursées intégralement. Malgré cette ICO ratée, le projet continue et il est prévu d’en lancer une autre dans un futur plus ou moins proche.

Quel modèle économique ?

Selon les fondateurs, le modèle économique de Civil.co repose sur deux types de revenus, directs et indirects :

Puisque Civil.co est open source, l’entreprise va développer des « produits, des applications et des services » au bénéfice de l’écosystème (donc des salles de rédaction). Trois grands types de produits concernent ces revenus directs : des outils de publication (publishing), des outils nommés Discourse, comme des services messagerie, de Chat, de pseudonymat, et des outils professionnels, comme des outils de ventes et de donations, des places de marchés et outils de recrutement pour des freelances, des outils de vérification des faits. La liste complète est ici.

The Civil Media Company a également l’intention de créer deux entités à but lucratif :

Civil Studios sera une entité indépendante dont la mission sera de piloter et financer des travaux de journalisme de renom («Civil Originals» à la «Netflix Originals»). Civil Studios recherchera « des espaces vides avec de forts potentiels » et agira en tant que producteur, investissant dans ce journalisme en apportant un soutien de haut niveau, sans participer directement à leur réaisation. « Si Civil Media Company remporte un Pulitzer, un Emmy ou un Oscar, ce sera grâce à un investissement de Civil Studios ».

Civil Labs sera une entité visant à développer des applications logicielles, des outils et des widgets logiciels à succès commercial pour l’écosystème Civil. Civil Labs cherchera à stimuler notre écosystème de développeurs et notre «app store» grand public / entreprise par le biais d’investissements alignés sur la mission et offrant un potentiel de croissance significatif, fonctionnant comme un laboratoire de R & D et un accélérateur (en soutien d’autres projets entrepreneuriaux), comme un « Y-Combinator for Civil ». Mais qu’est-ce que Y Combinator.

Un projet extrêmement ambitieux, peut-être trop, dont la complexité en a refroidi plus d’un. Mais l’entreprise ne s’avoue pas vaincue. Ce n’est qu’en faisant, en se trompant, en recommençant que, progressivement, on arrive à identifier et mettre en œuvre une bonne idée car celle de départ, réinventer la manière dont fonctionne le journalisme, constitue sans aucun doute un enjeu majeur de la réinvention de nos sociétés malades… d’infobésité.

Sources :

https://civil.co

https://blog.joincivil.com

Civil and The Associated Press to Collaborate on Blockchain-Based Content Licensing

How to Launch a Newsroom on Civil (and Thoughts on Community-Driven Checks and Balances)

Civil Token Sale Disaster Won’t Kill the Colorado Sun, Editor Says