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Transport, logistique & traçabilité

Living things : Internet des objets et blockchain

Dans le cadre du think-tank Living Things, Cap Digital Paris Région et Systematic ont organisé mardi 10 juillet 2018 à Telecom Paris une conférence intitulée « Traçabilité, sécurité, collaboration : ce que peut la blockchain pour l’Internet of things »

En introduction, Sara Tucci-Piergiovanni, Head of Laboratory au CEA LIST a partagé la perspective de la R&D sur les interactions entre les deux domaines en proposant un double point de vue : d’une part l’utilisation de l’IoT au service des applications construites sur la blockchain et d’autre part ce que peut apporter la blockchain à l’IoT.

Sur le premier point, l’usage principal est autour de la donnée générée par les capteurs pour leur enregistrement de manière immutable ou leur utilisation en tant qu’oracle en entrée de smart contracts dans des industries aussi variées que la finance, l’assurance, l’agro-alimentaire ou l’énergie ; fonctions que l’on peut apparenter à du notariat.

Sur le second aspect, avec un degré croissant de complexité de mise en œuvre de la blockchain, celle-ci peut être utilisée depuis la sécurisation et la gestion d’accès des objets jusqu’à devenir l’épine dorsale d’une véritable économie autonome de machines (par exemple achat/revente d’énergie en fonction des cours) en passant par une utilisation des aspects décentralisés pour minimiser les échanges entre objets et cloud ainsi que les micro-paiements (voiture électrique et chargeur autonome).

En préambule, Sara Tucci-Piergiovanni a mis en garde contre le risque de considérer la blockchain comme une technologie miracle permettant de régler, pour les projets IoT, les problèmes de scalabilité, de prévention des attaques et de notarisation des données.

En effet, la blockchain en est encore à ses débuts et il ne s’agit pas de déporter les goulots d’étranglements des projets IoT sur la blockchain. En s’appuyant sur les limites récemment formalisées dans une publication [Slepak and Petrova. The DCS theorem, 2018] qui stipule que des systèmes décentralisés de type blockchain ne peuvent présenter simultanément que deux propriétés sur les trois que sont la décentralisation, le consistance et la scalabilité, la suite de la présentation a passé en revue les différentes solutions en cours d’élaboration pour établir le compromis idéal.

En conclusion de cet exposé, Sara Tucci-Piergiovanni a mis en avant qu’une solution universelle n’existe pas mais doit être construite suivant les règles classiques d’ingénierie que sont : organiser l’architecture, qualifier et auditer les données et trouver un compromis acceptable. Différents projets menés avec ont servis d’illustration à ce propos. La seule véritable nouveauté dans l’approche est la nécessité d’avoir une conception de l’économie des protocoles pour rentrer dans l’ère de l’économie des machines.

Une table ronde animée par Xavier Lavayssière, fondateur d’ECAN sur le thème « L’IoT au service de la Blockchain ou la blokchain au service de l’IoT » a ensuite réuni Emmanuel Moyrand, Président et co-fondateur de Monuma, Philippe Nguyen, Directeur technique de SECURE IC, Nicolas Bacca, CTO de Ledger et Sara Tucci-Piergiovanni.

Après une rapide présentation des activités des différents intervenants, la question de la gestion des données a été posée et Philippe Nguyen a mis en avant le fait que de nombreux développements en Asie ne prennent pas en compte la gestion de la vie privée ; Nicolas Bacca, quant à lui, a souligné que gestion de l’identité et blockchain ne constituent sans doute pas le cas d’usage idéal. D’un point de vue sécurité des objets, Philippe Nguyen et Nicolas Bacca se sont accordés à dire que les systèmes embarqués présentent des surfaces d’attaque, de par leur accessibilité physique, remettant au gout du jour des attaques de type canal auxiliaire (étude de la consommation électrique comportement sur faute induite…). Ce type de risques favorise donc les solutions à base de secure elements de type carte à puce ou enclave. Cependant, l’un des principaux enjeux de l’IoT étant la consommation énergétique, Philippe Nguyen souligne la nécessité de faire émerger un ou des algorithmes cryptographiques moins énergivores, domaine sur lequel le CEA LIST se penche.

La conclusion a été faite par Sara Tucci-Piergiovanni qui après avoir souligné la difficulté d’un point de vue scientifique à débattre d’un sujet (la blockchain) sur lequel les définitions ne sont pas communément agréées (public/privée, consensus, économie, etc.) a rappelé que la blockchain n’empêchera pas les fraudes car ce n’est pas un détecteur de mensonges mais elle peut permettre de mettre en avant des acteurs qui exercent consciencieusement leur activité avec des initiatives telles que Connecting Food.

IoT et blockchain : perspective R&D from Living Things
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Services publics

Blockchains, prévention et gestion des conflits sociaux en Afrique : le cas du foncier au Mali

Séga Diarrah, diplômé de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, de Sciences Po Paris et du CELSA a récemment publié un livre blanc sur la manière dont les blockchains pourraient participer au règlement des conflits sociaux à propos du foncier en Afrique. 

Selon ses mots, « Le contrôle, l’appropriation, la défense et la reconnaissance des droits d’utilisation des ressources foncières engendrent des violences et des tensions impliquant divers types d’acteurs. Ce livre Blanc s’intéressera particulièrement à la gestion du foncier au Mali dans sa conception postcoloniale basée sur la propriété privée.

La source de tous les problèmes fonciers au Mali viendrait de la transition inachevée de la gestion précoloniale sans propriété privée vers la gestion postcoloniale avec la dimension privée.

Le foncier étant un actif, le développement ne peut être assuré que par la voix libérale. Pourtant la terre à plutôt une dimension sacrée au Mali et est considérée comme étant un patrimoine commun plutôt qu’une propriété privée.

Selon Etienne Le Roy cette transition de patrimoine commun à la propriété privée n’est « ni achevée ni achevable à vue humaine » (p. 8). Il ajoutera que « Entre l’économie de réciprocité, où la terre est une ressource, et l’économie de marché, où la terre serait un bien, l’économie de redistribution apparaît comme le cadre actuel d’organisation des rapports de production et de reproduction, et la terre comme une richesse faisant l’objet d’une capitalisation patrimoniale. » (P. 12)

De toutes les solutions de gestion suggérées par les différentes études sur le sujet, la sécurisation du foncier apparait comme une évidence et un préalable. Qu’il s’agisse de la solution traditionnelle, moderne ou « hybride » de la gestion du foncier. Ce livre blanc aura pour objectif d’établir si l’application de la Blockchain facilitera la transition d’un mode de gestion archaïque à un modèle de gestion moderne du foncier au Mali.

La mise en place de données transparentes et disponibles pour tous réduira les conflits sociaux liés au foncier. Un système dématérialisé sans organe central récréera une confiance et une sécurité inviolable. Il bouleversera les métiers de tiers de confiance dont celui des notaires, garants des titres de propriétés des terres.

Ce livre blanc abordera aussi la problématique foncière de manière générale au Mali.
Nous étudierons quelques applications de la Blockchain dans la gestion du cadastre nottemment au Ghana avec BITLAND et au Honduras avec Fatcom.

Afin de mener à bien cette étude, nous allons retracer les modes de gestion du foncier au Mali et les limites du système actuel.

Livre Blanc : La Blockchain dans la prévention et la gestion des conflits sociaux en Afrique : cas du foncier au Mali. Par Séga DIARRAH. Télécharger le livre blanc. 

 

 

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Energie/Climat

Electricité + Smartgrid + blockchain = autoconsommation collective

Produire de l’électricité, la consommer, vendre le surplus autour de soi ou, s’il en manque, l’acheter autour de soi. Le tout de manière automatique, en ayant la garantie que toutes les transactions – production d’électricité, vente et achat, seront enregistrées dans un registre distribué. Voilà la promesse de l’autoconsommation collective d’électricité portée par une blockchain. 

Production d’électricité, Smartgrid, blockchain de quoi parle-t-on ?

L’autoconsommation électrique consiste à consommer tout ou partie de l’énergie renouvelable que l’on produit, la plupart du temps de l’électricité d’origine photovoltaïque. Selon Enedis, quelque 20 000 foyers français consommaient leur propre électricité fin 2017. Loin des 500 000 Allemands qui s’y sont déjà convertis. En France, une loi du 24 février 2017, suivi par son décret d’application en avril de la même année, a mis en place des mesures en faveur de l’autoconsommation d’électricité en distinguant d’une part, l’autoconsommation individuelle, lorsqu’un individu consomme lui-même tout ou partie de l’électricité produite par son installation et d’autre part, l’autoconsommation dite collective.

Cette dernière correspond « à la fourniture et la consommation d’électricité effectuée entre plusieurs producteurs et consommateurs liés entre eux au sein d’une personne morale et dont les points de soutirage et d’injection sont situés en aval d’un même poste public de transformation d’électricité de moyenne en basse tension ». Ont ainsi été jetées les bases d’une réglementation permettant aux citoyens ou aux entreprises de s’auto organiser dans la fourniture et la production d’électricité renouvelable à une échelle locale.

Ensuite, un smart grid ou « réseau électrique intelligent est un réseau de distribution d’électricité qui favorise la circulation d’information entre les fournisseurs et les consommateurs afin d’ajuster le flux d’électricité en temps réel et permettre une gestion plus efficace du réseau électrique ». On ne compte plus les mises en œuvre de ce type de réseau en Europe, aux Etats-Unis ou en encore en Asie, où le Japon fut probablement l’un des premiers pays à chercher des solutions locales à sa situation énergétique.

Enfin, une blockchain est un registre, public ou privé, qui permet d’enregistrer toutes les transactions qui se déroulent sur son réseau, et les consigner dans un registre distribué devenant ainsi infalsifiable et donc vérifiable et consultable à qui de droit. La confiance est déportée vers le réseau et son infrastructure technique et logicielle plutôt qu’à travers un opérateur de service tiers. Là encore, de nombreuses expérimentations ont déjà eu lieu, notamment à New York avec le Brooklyn Microgrid (BMG) développé par TransActive Grid réunissant par une joint venture Lo3 Energy, une société de conseil dans l’énergie et l’environnement, et ConsenSys, une startup développant des applications blockchain.

Mise bout à bout, l’auto production/consommation d’électricité à travers un réseau électrique local intelligent dont l’intégrité des transactions est garantie par une blockchain semble être des plus prometteurs.

Elle s’inscrit dans la dynamique vertueuse du développement des énergies renouvelables qui s’effectue, selon un rapport du Conseil économique et social européen « à un rythme plus soutenu dans les Etats membres qui ont donné à leurs habitants la possibilité de lancer leurs propres initiatives énergétiques citoyennes, à titre individuel ou de manière collective ».

L’autoconsommation collective répond au défi énergétique de freiner notre consommation électrique de source nucléaire et de partager le surplus énergétique d’installations « propres » au sein d’un territoire et des logements, des commerces, des bornes de recharge. Les entreprises ne sont pas en reste puisque leurs horaires d’ouvertures correspondent à la production d’électricité photovoltaïque en journée. Par exemple, à Zuzwil en Suisse, « la chaîne de supermarchés Migros exploite depuis novembre 2015 le 1er supermarché à énergie « positive » de Suisse. Une réussite rendue possible grâce à la conception du magasin et à l’installation de panneaux solaires sur le toit ».

Blockchain et électricité

En Australie, Power Ledger a initié en décembre 2016 « le premier marché d’électricité résidentielle propulsé par une blockchain ». A travers une blockchain dédiée, Ecochain, les propriétaires d’équipements solaires vendent leur surplus d’énergie.

Nous citions l’initiative de Brooklyn Microgrid à New York, les producteurs d’électricité photovoltaïque gèrent localement leur propre réseau électrique à travers la blockchain Ethereum en « un marché de l’énergie communautaire et partagé », et s’échangent entre voisins les surplus d’énergie de manière sécurisée.

Pour ne citer qu’un autre exemple, Electraseed a testé en Afrique l’installation d’une centaine de kits solaires autonomes formant leur propre réseau électrique adossé à une blockchain et prévoir cette année le déploiement à grande échelle de leurs équipements.

D’autres projets existent comme le montre cette étude de Sia Partner :

A n’en pas douter, l’autoconsommation collective trouve dans les blockchains la brique de confiance nécessaire à son déploiement. La convergence d’un cadre réglementaire avec le développement informatique de ces technologies augure le développement progressif de ces initiatives et, à terme, un déploiement à plus grande échelle.

Sources :

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Régulation

Habitez-vous un pays cryptofriendly ?

Oui ! Si vous habitez à Malte, en Suisse ou encore à Singapour. Récemment, l’île de Malte a préparé tout un arsenal législatif destiné à encadrer l’ensemble des acteurs concourant à l’écosystème des blockchains, tels que les courtiers, les bourses, les fournisseurs de portefeuilles, les conseillers en gestion de patrimoine et les teneurs de marché opérant dans des crypto-actifs. La loi devrait être votée avant l’été. Retrouvez l’article « L’île de Malte en passe de devenir l‘eldorado européen de la blockchain ? » sur Actualités du droit. En discutant avec un early adopter des bitcoins, c’était aussi le pays qu’il avait choisi pour se réfugier fiscalement. L’île de Malte va-t-elle réussir son pari de devenir dans les prochaines années la blockchain island ?

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Interviews Santé

Contrefaçon de médicaments : les blockchains sont-elles la solution miracle ?

Comme le rappelle l’Institut International de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM), le trafic de médicaments falsifiés bénéficie d’un ensemble de facteurs favorables : « Appareils législatifs inadaptés, extrême rentabilité du trafic, populations mal informées, pénurie de médicaments, complexité des chaines d’approvisionnement, manque de structures de régulation et de moyens de contrôle, corruption, porosité des frontières ». Les blockchains peuvent-elles constituer une réponse à cet état de fait ? 

L’occasion nous a été donnée de poser cette question à Anca Petre, responsable des opérations chez 23 Consulting, qui poursuit un double cursus de Pharmacie et de Management, en s’intéressant de très près à l’impact des blockchains dans le domaine de la santé.

Parmi les nombreux défis soulevés par la contrefaçon de médicaments, les blockchains sont régulièrement présentées comme le début d’une solution. Rien qu’en 2016, et seulement à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 41 800 colis de faux médicaments ont été saisis en 2016, soit 1,5 million de comprimés. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un médicament sur dix dans le monde est une contrefaçon et ce chiffre pourrait atteindre sept sur dix dans certains pays d’Afrique. Les ravages provoqués par ces faux médicaments sont pour le moins alarmants. Toujours selon l’OMS, au moins 100 000 personnes ayant pris de faux médicaments meurent chaque années en Afrique, et 700 000 dans le monde. Le marché des contrefaçons génèrerait un chiffre d’affaire estimé à 200 milliards de dollars par an, selon une étude du World Economic Forum, un chiffre qui aurait presque triplé en cinq ans.

Blockchain-X : Depuis quelques temps maintenant, les blockchains sont présentées comme une solution efficace pour lutter contre ce fléau mondial. Jusqu’à présent, les technologies présentées pour assurer une traçabilité des produits pharmaceutiques se concentraient autour des codes 2D et de la RFID, et de Pedigree aux Etats-Unis, qui n’est pas une nouvelle technologie mais un principe de suivi de la commercialisation des médicaments. Qu’apporte les blockchains de nouveau ?

A.P. : Les blockchains sont une solution complémentaire aux méthodes utilisées aujourd’hui pour identifier, authentifier et tracer un médicament. Cette technologie permet à des acteurs qui ne se connaissent pas et qui ne se font pas confiance d’échanger des données sensibles dans un cadre sécurisé. La supply chain est un cas d’usage idéal. La blockchain, en tant que grand registre numérique, permet de conserver l’historique de distribution du médicament représenté par les transactions ayant eu lieu à chaque étape menant du fabriquant à la dispensation. Jusqu’à présent il était difficile de visualiser l’ensemble de la chaîne et de s’assurer de son intégrité car les informations n’étaient pas partagées de bout en bout. La blockchain apporte donc une réponse à ce manque de transparence.

Il est cependant important de noter que les blockchains pourront fonctionner en plus de toutes les mesures déjà prises pour protéger le médicament. C’est une technologie complémentaire aux témoins d’inviolabilité ou au Data Matrix. Il faut voir cela comme un élément de sécurisation supplémentaire.

Le « marché des médicaments » repose sur une chaîne de distribution réunissant de nombreux acteurs jusqu’au consommateur final. Est-ce que les blockchains pourraient servir de technologies d’authentification, d’identification et de traçabilité à la fois pour les professionnels et les particuliers ?

La blockchain est une technologie conçue pour permettre l’authentification et la traçabilité de l’information. Ceci est particulièrement intéressant dans un contexte de lutte contre la contrefaçon. La problématique repose sur le fait de trouver les leviers qui encourageront les professionnels de la supply chain à adopter cette technologie. Par exemple, pour les laboratoires pharmaceutiques, l’enjeu est clair puisque les médicaments contrefaits représentent un grand manque à gagner financier. Cependant pour lutter de manière efficace contre ce fléau il est nécessaire d’avoir une traçabilité de bout en bout de la chaîne de distribution. Il n’est pas envisageable de laisser un chainon vulnérable. Il faut donc agir à tous les niveaux et auprès de tous les professionnels de la supply chain. C’est là que réside le défi le plus important. Convaincre tout le monde de la pertinence de l’utilisation de la blockchain et leur prouver que cela entraînera un retour sur investissement.

Concernant le patient, l’intérêt porté à l’origine d’un médicament diffère en fonction des régions du monde. Dans certains pays, la contrefaçon représente un véritable problème de santé publique et la population est sensibilisée à cela. Dans des pays comme le France, le problème est moins important et les patients n’ont pas le réflexe de se poser des questions sur l’origine des médicaments qui leurs sont délivrés. Là encore, il faut réaliser un travail de sensibilisation important.

Tous les pays du monde ayant un solide système de santé ont missionné une agence ou un établissement public dont le rôle est d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments : Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA, « Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux »), en France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), en Europe, l’Agence européenne des médicaments (AEM), en Angleterre, La Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency (MHRA). Quel pourrait être le rôle de ces institutions publiques face au déploiement d’initiatives de blockchain éparpillées dans différents pays ?

Utiliser la blockchain dans la supply chain pharmaceutique requiert deux éléments : un travail avec tous les participants et une évolution des standards et de la réglementation. Afin que l’adoption devienne systémique, tous les acteurs doivent coopérer dans le but de bâtir un cadre favorable à l’implémentation d’une technologie décentralisée et transparente. Des initiatives isolées d’un laboratoire pharmaceutique n’aurait que peu d’impact. Il est donc évident que les Autorités Réglementaires doivent participer à la discussion. A l’heure actuelle, en Europe, les informations sur la distribution d’un médicament convergent vers un hub européen. On y retrouve les données sur libération d’un produit par le fabricant et sur sa dispensation par une officine. Cela est très éloigné de la traçabilité de bout en bout et décentralisée amenée par la blockchain. Il faut donc instaurer un dialogue avec toutes les parties prenantes afin de faire évoluer le système.

Merci !

Le 14 mai prochain, 23 Consulting publiera un rapport sur la technologie blockchain dans la supply chain pharmaceutique.

Sources :

 

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Interviews

Avec O’Claire, de l’eau potable coule d’une blockchain

Le pari d’O’Claire : passer d’une distribution centralisée de l’eau potable dans les pays en voie de développement à une distribution décentralisée, ici en Côte d’Ivoire : 

L’occasion nous a été donnée d’interviewer ses co-fondateurs, Christophe Campéri-Ginestet, Hervé Le Berre et Thierry Merquiol, pour en apprendre plus sur la manière dont l’entreprise fonctionne ainsi que sur ses projets de développement. 

Blockchain-x : O’Claire est une filiale de la société Sunwaterlife qui produit et vend de l’eau potable aux populations dans les pays en voie de développement. Avant de nous intéresser à l’activité d’O’Claire, pourriez-vous nous dire qui est Sunwaterlife et quels sont ses produits ?

O’Claire : Sunwaterlife est une entreprise qui conçoit, développe, produit et commercialise des systèmes de purification d’eau, mobiles et autonomes en énergie pour la rendre potable. Deux gammes de produits : des valises ultraportables (Aqualink UF ou trip) qui permettent d’alimenter en eau potable des populations isolées ou en état de catastrophes naturelles (Haïti, Saint Martin), jusqu’à 800 l/j, des kiosks autonomes produisant jusqu’à 1 000 l/h d’eau potable à partir de n’importe quelle source d’eau contaminée.

O’Claire s’appuie donc sur les systèmes Aqualink Kiosk produit par Sunwaterlife et vise à promouvoir l’accès à l’eau potable dans les communautés les plus vulnérables en la produisant et en la vendant sur place. Comment est née cette idée de passer de la vente de produits à la vente de services ?

Deux aspects principaux nous ont conduit à cette décision : distribuer une eau de qualité homogène quel que soit le lieu de production sous la marque O’CLAIRE, et permettre sa diffusion sur trois continents, à des tarifs adaptés aux consommateurs finaux.

Pour garantir la qualité de l’eau de bout en bout, il faut maîtriser l’ensemble du processus, depuis l’alimentation en eau brute jusqu’au conditionnement de l’eau potable en bonbonnes. Des contrôles permanents tout au long de la chaîne sont nécessaires pour garantir la potabilité de l’eau. Seule l’exploitation des kiosks par sa filiale O’CLAIRE permet cette sécurité et garantir ainsi la qualité de la marque O’CLAIRE, partout dans le monde.

O’CLAIRE, propriétaire et exploitante des unités de Sunwaterlife, permet des implantations sans investissements souvent inaccessibles aux institutions ou territoires locaux. La rapidité de mise en place est un atout pour les populations. Et O’CLAIRE peut maitriser les coûts et donc les tarifs. 

Pourriez-vous nous présenter l’équipe et nous dire quelques mots sur la Fondation O’Claire ?

Christophe Campéri-Ginestet est ingénieur en physique et détenteur d’un PhD du Georgia Institute of Technologies (USA). Christophe a assuré le développement commercial de systèmes solaires hybrides et a développé des systèmes solaires pour sites isolés en Afrique. C’est là qu’il rencontre Hervé Le Berre avec qui il fonde Sunwaterlife pour concevoir, fabriquer et développer des unités autonomes à petit prix pour la purification d’eau. De formation technique, Christophe a acquis des compétences de développement de sociétés dans un environnement complexe et international. Son parcours international et multiculturel, à l’interface avec les laboratoires de recherche, l’a préparé à l’aventure de O’Claire. Il va mettre son empathie, sa capacité d’écoute et son aptitude à la gestion de conflits au profit du projet.

Au sein de O’Claire il va définir et communiquer la stratégie et s’assurer qu’elle est bien appliquée.  Son objectif : fédérer les équipes autour du projet commun, garantir la philosophie et l’esprit de l’entreprise dans les différents bureaux pays.

Après des études de droit et de gestion, marketing et commerce, Hervé Le Berre débute sa carrière dans les grands groupes où il a développé ses compétences commerciales. Puis il a plongé dans les énergies renouvelables sur le territoire européen et africain. Il a ouvert les sociétés Alterpro Energie et Enersol Europe Afrique Groupe. En Afrique, où il a rencontré Christophe, Hervé a décidé de se lancer dans la création de Sunwaterlife, dont il est le directeur général, pour répondre aux problématiques de potabilisation de l’eau pour les populations locales à des prix abordables.

Hervé va mettre son expérience de gestionnaire d’entreprises en environnement international et complexe, pour la réussite de O’Claire. Ses compétences en gestion financière permettront la mise en place d’outils de pilotages performants.

Thierry Merquiol est ingénieur en procédés industriels (France et Canada), Thierry a débuté sa carrière dans l’industrie à des postes de R&D, responsable de marchés, direction commerciale puis gestionnaire de centres de profit. Depuis plus de 15 ans, Thierry favorise le développement d’entreprises technologiques innovantes en créant un espace et des méthodes favorables à la création. Force d’innovation et de proposition, il a disrupté le monde du capital-risque en créant la première plateforme d’equity-crowdfunding.

Thierry, associé de O’Claire souhaite mettre son énergie et sa capacité d’innovation au service du projet pour lui permettre d’atteindre son ambition.

Au sein de O’Claire, il va accompagner les dirigeants dans l’opération d’ICO puis participer à la définition des stratégies et à leur mise en œuvre.

O’Claire a créé un fonds de dotation, www.oclairedonation.org afin d’intervenir dans despays ou des zones très défavorisées ou bien pour pouvoir apporter sa contribution lors de catastrophes naturelles ou humaines, ou encore agir pour des causes qui sont compatibles aux valeurs de la société et à ses fondateurs.

Le fonds de dotation peut intervenir selon trois modèles :

  • Distribution gratuite de Watercoin, cryptomonnaie permettant l’achat d’eau potable produite par les kiosks exploités par O’Claire,
  • Mise à disposition gratuite et immédiate d’unités portables de production d’eau potable issues de son stock stratégique (50 valises type aqualink),
  • Interventions financières au cas par cas plafonnées à 10 000 € chacune. 

O’Claire s’engage à alimenter le fonds de dotation de sa fondation à hauteur de 10% de son résultat courant avant impôt. Elle sera dotée de 100.000.000 de WTR réservés lors de l’Initial Coin Offering (ICO) pour les deux premières années.

Pourquoi avoir choisi de s’appuyer sur une blockchain ? Comment fonctionne-t-elle ?

Outre le parallèle avec l’exploitation d’un réseau de kiosks décentralisés, l’utilisation d’un cryptoactif basé sur une blockchain permet un suivi et un traçage des échanges de Watercoins WTR. Cette technologie va nous permettre de garantir le parcours d’un WTR depuis sa création jusqu’à son utilisation. Et éviter ainsi toute « évaporation »… De plus, cette blockchain va permettre de diffuser des WTR via des SMS pour les utilisateurs finaux.

Le Watercoin (WTR) émis par O’Claire permettra donc à la fois de lever de l’argent pour financer l’activité de la société et en même temps d’offrir des transactions sécurisées auprès des populations visées. Comment cette population aura-t-elle accès au Watercoin, sera-t-il possible de payer de l’eau autrement ?

Effectivement, ce crypto-actif est un token d’usage. Il va permettre d’acheter de l’eau O’CLAIRE directement aux kiosks. Le Watercoin WTR sera échangeable contre un litre d’eau. Il sera soit stocké dans une carte RFID, soit utilisable via une application, soit encore via un sms (pour les portables les plus courants). Evidemment, tout wallet compatible Ether pourra également être utilisé.

Comme c’est le cas aujourd’hui, les consommateurs pourront continuer à acheter de l’eau en monnaie FIAT, en espèces, via des solutions Orange Pay ou des cartes pré-payées.

Vous visez à terme de proposer à l’achat et à la vente le Watercoin sur des plateformes d’échange. Comment le prix de l’eau va-t-il être ajusté entre ceux qui se servent de votre crypto-actif pour acheter de l’eau et ceux qui spéculent ?

L’objectif de O’CLAIRE est de participer à la régulation du cours de l’eau potable dans les pays en voie de développement. Le Watercoin WTR est un très bon outil pour cela. Le prix de l’eau potable en sortie de kiosk fixera de facto la valeur maximale du WTR. En effet, pourquoi utiliser un token qui coutera plus cher que l’eau produite localement ?

Quel sera le prix de l’eau ? De quelques dizaines de centimes d’euros à ce jour jusqu’à peut-être un euro dans quelques années. Lors de l’ICO le WTR aura une valeur de 0.02€ (0.01€ dans la phase de PRE-ICO). La spéculation sera forcément limitée entre cette valeur et le prix de l’eau vendue au kiosk.

Avez-vous déjà développé un portefeuille en ligne (wallet), et est-il disponible sur mobile. Où en êtes-vous de votre feuille de route technique ?

Le développement d’un wallet adapté au WTR sera lancé dès la fin de la PRE-ICO. Il sera disponible sur mobile et via SMS pour les portables classiques, très utilisés par les populations concernées. Avec notre partenaire Solid, nous travaillons sur un projet de blockchain propriétaire. Mais la décision n’est pas encore arrêtée sur le choix définitif.

Côté kiosks, tout est prêt. Il ne reste qu’à les déployer sur les lieux d’implantation déjà retenus (Côte d’Ivoire, Kenya, Sénégal, Bolivie, Cambodge). Dès la fin de l’ICO ! 

Vous êtes sur le point de lancer une ICO. Quels sont ses objectifs financiers et où en êtes-vous de la prévente ?

L’ICO démarre le 1er mai prochain (PRE-ICO du 1er au 30 avril). Les objectifs sont de 20M€ sans softcap car il s’agit d’étendre un réseau de kiosks déjà existants. La pré-vente porte déjà sur plusieurs dizaines de millions de Watercoins.

Merci !


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Régulation

En droit français, la blockchain s’appelle un DEEP

Qu’est-ce qu’un DEEP ?

Dispositif d’Enregistrement Electronique Partagée (DEEP), c’est ainsi que le législateur a choisi de dénommer les technologies plus communément désignées sous le terme de Blockchain ou Distributed Ledger Technology (DLT). On notera au passage le clin d’œil consistant, en francisant les termes, à produire un acronyme à consonance anglophone qui veut dire « profond » ou encore « compliqué ».

Cependant, dans son rapport soumettant l’ordonnance à la signature du Président de la Républiquei, la Direction Générale du Trésor précise avoir surtout fait preuve, en choisissant cette dénomination, de prudence par rapport à de futures évolutions technologiques.

Deux domaines d’applications

D’un point de vue chronologique, on retrouve pour la première fois la mention d’un DEEP dans l’article L. 223-12 de l’ordonnance du 28 avril 2016[i], créant la possibilité pour des intermédiaires régulés par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) de proposer, via leurs sites web, des bons de caisse (titres de créance de maturité 1 mois à 5 ans maximum) émis par des établissements de crédit ou des commerçants, donnant ainsi naissance aux minibons. L’idée du législateur a été d’autoriser, à titre d’expérimentation en grandeur nature, un DEEP pour permettre à ces intermédiaires d’enregistrer les transactions d’acquisitions et de cessions de minibons.

En juin 2016, le ministère des Finances a ensuite annoncé travailler sur un deuxième chantier pour utiliser le DEEP en faisant adopter l’amendement n° 1507[i] autorisant le Gouvernement à légiférer par ordonnance sous 6 mois pour adapter le droit applicable aux titres financiers et aux valeurs mobilières non côtés.

Ces travaux ont donné lieu à deux textes subséquents.

Le premier, le 9 décembre 2016, au travers de l’article 120 de la loi n° 2016-1691[ii] relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, se contente de prolonger l’autorisation pour le gouvernement à légiférer par ordonnance sur le sujet.

Le second, publié le 8 décembre 2017[iii], soit tout juste le délai de 12 mois imposé par le texte précédent, modifie le Code de commerce et le Code monétaire et financier pour y inscrire le DEEP comme dispositif juridiquement reconnu, tenant lieu d’inscription en compte.

Alors, la France championne du droit des blockchains ?

Pas tout à fait…En effet, bien que Bercy clame haut et fort que la place financière parisienne est la première a avoir intégré la technologie Blockchain dans la loi, tous les textes cités précédemment sont pour le moment lettres mortes en attente d’un décret en Conseil d’Etat.

Celui-ci doit définir les caractéristiques techniques, notamment en matière d’authentification, de ce DEEP. Peu de choses transparaissent sur l’état d’avancement de ces travaux par opposition à ceux de la représentation nationale traités ici. Les ingénieurs étant sans doute rares dans le corps des Conseillers d’Etat, il semblerait que l’ANSSI soit en support à ces travaux.

Alors, la Blockchain dans le droit français, opération de communication ou volonté de faire en sorte que la France ne rate pas le train comme cela a été le cas avec le réseau Internet ? A n’en pas douter, la France est tiraillée entre cette volonté d’accompagner une innovation de premier plan tout en se montrant ferme quant aux écueils liés aux crypto-actifs et à leur réputation sulfureuse.

Nous ne manquerons donc pas de suivre de très près ce feuilleton juridique dont le prochain épisode devrait avoir lieu avant le 1er juillet 2018, date à laquelle devrait paraître, au plus tard, le décret d’application.

Sources :

[i] Amendement n°1507 présenté par le Gouvernement le 6 juin 2016 relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique (n°3785).

[ii] Article 120 de la loi n° 2016-1691 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique du 9 décembre 2016 publiée au JORF du 10 Décembre 2016, texte n° 2.

[iii] Ordonnance n°2017-1674 du 8 décembre 2017 relative à l’utilisation d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé pour la représentation et la transmission de titres financiers publiée au JORF du 9 décembre 2017, texte n° 24.

 

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Agriculture

Atos & Acta : Blockchain et agriculture

Atos est l’une des plus grandes entreprises de services du numérique (ESN) au niveau mondial, se classant à la huitième place avec un chiffre d’affaires annuel de près de 12 milliards d’euros en 2016 et environ 100 000 employés répartis dans 72 pays. Le groupe, leader européen du Cloud, de la cybersécurité et du supercalcul ainsi que du paiement sécurisé en ligne pour les entreprises via sa filiale Worldline, est coté au CAC 40. (Source, wikipedia).

Quant à Acta – c’est un réseau de 15 instituts techniques agricoles qualifiés. L’Acta offre des outils professionnels de recherche appliquée et de transfert technologique au service des filières agricoles. Le réseau dispose d’une forte présence sur le territoire national avec plus de 180 implantations en région, animé par 1800 collaborateurs, ingénieurs et techniciens avec un budget de 178 millions d’euros en 2016 dédiés à la recherche agricole appliquée (Source – Acta).

Atos et Acta se sont associés pour explorer les potentialités de la blockchain dans le monde agricole.
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Ils ont produit un livre blanc intitulé “La Blockchain dans le monde agricole, quels usages pour quels bénéfices ?, vers une agriculture de confiance” construit sous la forme d’interviews de personnalités du monde agricole et du monde numérique.
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Le livre blanc expose également quatre projets concrets au sein des filières agro-alimentaires françaises, en s’intéressant aux smart contract, à la question du consentement et du partage de données, à la notion de standard de traçabilité et aux questions liée à la gouvernance qu’implique le déploiement d’une blockchain.
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Y figure également l’interview de Sébastien Windsor, Président de l’Acta – les instituts techniques agricoles et Steve Péguet, Directeur de l’innovation d’Atos France :
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Quels sont les enjeux actuels du monde agricole français ?

S.W. : Nos agriculteurs ont deux préoccupations majeures : d’une part, la performance économique et la compétitivité des exploitations, et d’autre part, les attentes croissantes de la société, qui dépassent parfois leur capacité d’adaptation. Concilier ces deux exigences dans une production de valeur et de qualité passera par davantage de technicité, et non par un illusoire retour en arrière. À ce titre, le numérique tient une place essentielle car il permet d’optimiser les pratiques tout en limitant les coûts.

S.P. : Parmi les priorités, j’ajouterais la nécessité de renforcer la confiance au sein de filières et jusqu’au client final, car la confiance est créatrice de valeur. Elle s’exprime dans la qualité des produits, leur salubrité, leur origine, le respect de l’environnement… autant d’attentes exprimées par le consommateur. L’agriculture du futur ne sera pas seulement une agriculture connectée ou de précision, mais aussi une agriculture de confiance.
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En quoi la blockchain constitue-t-elle une réponse à ces défis ?

S.W. : Grâce à l’analyse toujours plus poussée des données, les pratiques culturales de demain se feront plus précises et plus prédictives. La maîtrise des données sera donc un enjeu fondamental mais conserver jalousement les siennes serait pour les agriculteurs se priver de solutions indispensables à leur avenir. Ce qu’il faut, c’est trouver des modes de partage qui préservent leurs intérêts et leur liberté. Le système agricole français s’est construit autour d’agriculteurs entrepreneurs, à la fois très autonomes et très compétents. Pour préserver cette particularité qui fait notre richesse, il faut s’assurer que l’exploitant puisse échanger des données facilement, en toute sécurité, sans en perdre la propriété ni le contrôle. Dans ce contexte, la blockchain, qui garantit la traçabilité, l’intégrité et l’utilisation des données, apparaît comme un outil incontournable aux acteurs qui le souhaitent.

S.P. : Par son principe même, la blockchain établit une confiance mutuelle entre de multiples acteurs, sans qu’ils aient besoin de s’en remettre à un intermédiaire centralisateur. L’information transmise est certifiée d’étape en étape dans un système probant multi-acteurs, du champ au panier du consommateur. À cela, Atos ajoute une gouvernance des données qui permet à chaque membre de conserver son autonomie et de choisir avec qui il partage : lui-même, de futurs auditeurs, ses partenaires ou tout le monde.

Le secteur est-il prêt pour cette technologie ?

S.P. : Le modèle américain, avec ses immenses exploitations et ses filières très intégrées, se prête au développement d’innovations très tournées vers les économies d’échelle et le rendement. En revanche, la blockchain est beaucoup plus adaptée au modèle français, à la fois très fragmenté et très structuré. La blockchain permet de fédérer les acteurs au sein d’un écosystème qui valorise leurs savoir-faire respectifs.

S.W. : La blockchain, et le numérique en général, suscitent des craintes légitimes car ils augurent de changements importants. Mais les agriculteurs ont déjà constaté les apports de l’informatique et ils ont des attentes très fortes, à condition que les solutions proposées leur simplifient réellement la vie. Les filières sont impatientes de se saisir de cette technologie dont elles pressentent tout le potentiel.

Quel est le rôle de l’Acta dans cette mutation ?

S.W. : L’ensemble des instituts techniques agricoles (ITA) développe des outils qui facilitent la circulation des données comme la plateforme API-AGRO. Aujourd’hui, API-AGRO n’est pas portée par un acteur aux visées hégémoniques mais par un collectif regroupant acteurs privés et publics de manière à préserver l’intérêt des exploitants. D’ailleurs, sa gouvernance est distribuée, à l’image de ce que permet la blockchain. S’appuyer sur des spécialistes comme Atos permet d’amplifier les compétences des instituts techniques sur les sujets de pointe comme la blockchain et d’accélérer l’innovation.

S.P. : L’industrie s’est toujours emparée la première des grandes mutations technologiques mais, avec le digital, l’agriculture a une chance historique de prendre les devants. Notre volonté est qu’Atos et l’Acta œuvrent en partenariat pour aider le monde agricole à saisir cette opportunité et à inventer une Agriculture 4.0 qui soit aussi bénéfique pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

Télécharger le livre blanc (PDF) : La Blockchain dans le monde agricole, quels usages pour quels bénéfices ?, vers une agriculture de confiance. 
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Transport, logistique & traçabilité

Certifier des diplômes ou des compétences dans une blockchain

Selon une étude de Robert Half « 47% des directeurs généraux ont déjà exclu un candidat d’un poste au sein d’une entreprise après avoir découvert des informations fausses ou exagérées dans son CV« . Régulièrement dénoncée par les écoles et par les entreprises, la fraude au diplôme serait un fléau en constante progression.

Pour ne citer qu’un seul cas tristement célèbre, Gilles Bernheim, grand rabbin de France, a reconnu avoir menti sur son CV, en 2015, en usurpant le titre d’agrégé de philosophie, mentionné dans toutes ses biographies. Des entreprises, comme Verifdiploma fondée en 2000, se sont lancées sur ce créneau d’authentification des diplômes et autres certificats d’un candidat.

Une des solutions mises en œuvre par l’ESILV (École supérieure d’ingénieurs Léonard de Vinci) en partenariat avec la société Paymium en France, ou par l’École d’ingénieurs Holberton à San Francisco, aux États-Unis, avec la société Bitproof, a été d’enregistrer la signature de chaque diplôme dans la blockchain Bitcoin et de tenir ainsi à jour le registre de leurs diplômés.

Récemment, le MIT à Cambridge a inscrit dans une blockchain les diplômés qui ont terminé leur cursus en février, rapporte le Wall Street Journal. Le MIT a collaboré avec la start up Learning Machine pour mettre en place ce système via la technologie open source Blockcerts.

Il est, à la fois, extrêmement difficile de falsifier un tel registre, qui horodate par ordre chronologique l’ensemble des diplômes émis par l’école et très simple pour une entreprise de vérifier dans ce même registre si un candidat est bel et bien diplômé de ladite école.

En France, le ministère de l’éducation nationale et le rectorat devraient s’emparer du sujet au plus vite afin de moderniser le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP – dont le graphisme et l’ergonomie font penser au Minitel), registre des diplômes reconnus par l’État, ce qui permettrait de les distinguer facilement de ceux qui ne le sont pas. Serait en même temps créée une blockchain publique dans laquelle les écoles et les universités inscriraient leurs diplômés, cette base de données pouvant être consultée par tous les employeurs de France ou de l’étranger. En effet, le risque que se développe autant d’écoles que de blockchains pourrait vite devenir un casse-tête pour un employeur. Le contraire du but poursuivi.

La certification peut également porter, non plus simplement sur les diplômes mais également sur les compétences d’un candidat. C’est le pari d’une entreprise française qui, mettant déjà en relation freelances et grandes entreprises, bascule son fonctionnement sur une blockchain, Emind Hub devenant Talao. Talao va proposer une organisation autonome décentralisée sur la blockchain Ethereum pour mettre en relation entreprises et indépendants et souhaite, pour se lancer, réaliser en France une importante levée de fonds en crypto-actifs (ICO). Plus précisément, l’entreprise souhaite « proposer un service sans intermédiaire et sans commission, où les entreprises et les talents entrent directement en relation d’affaire, permettre aux talents de reprendre possession de leur réputation professionnelle, de certifier leurs compétences sur la blockchain et de stocker les certificats dans un coffre-fort numérique accessible grâce à son token dédié, et enfin, redonner la gouvernance aux utilisateurs, grâce à un système de vote ».

La tenue d’un registre pour certifier des diplômes ou encore le développement d’une organisation autonome décentralisée pour certifier des compétences et mettre en relation des recruteurs et des freelances répondent tous les deux à la désintermédiation dont les blockchains sont le moteur. A suivre !

Sources :

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Régulation Services publics

La Blockchain et le législateur : un amour impossible ?

Dans son rapport d’information sur les enjeux liés au développement du Bitcoin et des autres monnaies virtuelles, du 23 juillet 2014, la commission des finances du Sénat présidée par M. Philippe Marini, avait relevé que :

  • Le développement des monnaies virtuelles, et notamment du bitcoin ne saurait être ignoré des pouvoirs publics.
  • En dépit de risque clairement identifié (volatilité, anonymat, absence de garantie légale), le bitcoin est porteur de multiples opportunités pour l’avenir, surtout en tant que technologie de validation décentralisée des informations (la commission fait ici référence à la technologie dite de chaîne de blocs ou blockchain).
  • Les pouvoirs publics doivent donc travailler à la mise en place d’un encadrement juridique équilibré, afin d’empêcher les dérives sans compromettre la capacité d’innovation. A cet égard, le recours aux catégories juridiques de droit commun apparaît pour l’instant la solution la plus raisonnable.
  • Les comparaisons internationales montrent que la France se situe à mi-chemin entre les pays qui ont adopté les règles les plus strictes et les pays les plus ouverts.
  • La clarification du régime applicable devra se faire à l’échelle européenne, et si possible mondiale.

Trois ans après ce premier rapport, force est de constater que le législateur progresse avec prudence et parcimonie sur le sujet des monnaies virtuelles comme sur celui de la blockchain. Ainsi, les auditions relatives à cette technologie, organisées par la commission des finances le 7 février dernier semblent, pour reprendre le site actualités du droit, avoir essentiellement mis en lumière l’incompréhension des élus à l’égard des concepts, souvent techniques et complexes, qui président au fonctionnement de la « chaîne de blocs ».

Au cours de cette séance divisée en deux tables rondes portant d’une part sur les nouveaux usages et la régulation de la blockchain et d’autre part sur les risques et les enjeux liés à l’essor des monnaies virtuelles, deux visions, deux mondes, ont émergés : les régulateurs et les acteurs.

Les seconds insistent, logiquement, sur les opportunités innovationnelles des technologies visées en termes notamment de certification et d’horodatage de preuve, de climat (contrôle d’émissions de carbone) ou encore de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement. Les premiers, en la personne de M. Corso Bavagnoli, inspecteur général des finances et chef du service du finance de l’économie de la Direction générale du Trésor, soulignent la nécessité de « permettre une innovation dans un cadre suffisamment robuste pour répondre aux objectifs fondamentaux de la réglementation financière (stabilité financière, protection du consommateurs et lutte contre le blanchiment) et de fournir un cadre qui permette aux innovations de se développer ». Aussi, acteurs comme régulateurs appellent de leurs voeux une intervention du législateur afin de permettre aux entrepreneurs d’innover au sein d’un environnement juridique clair et stable.

C’est ainsi que le 14 février dernier, l’Assemblée nationale a lancé une mission d’information sur la blockchain. Cette mission transpartisane présidé par le député LR Julien Aubert, a pour objectif la rédaction de recommandations, législative ou non, sur le sujet. La rapporteure, Laure de la Raudière, spécialiste de la question, et autrice de plusieurs amendements sur la blockchain, explique :

Il y a des enjeux de souveraineté important. Quand vous avez un service qui s’appuie sur une blockchain publique du type bitcoin, cette blockchain fonctionne avec des mineurs qui valident les transactions. Or aujourd’hui, la plupart de ces mineurs sont en Chine.
On a un enjeu économique, aussi. Si les usages de la blockchain se développent en France à partir de sociétés de service étrangères, cela signifie que l’on ne va pas créer de la richesse en France, mais ailleurs. Et si on interdit la blockchain en France, on risque de retirer une capacité de gain de productivité à nos entreprises, qui leur fera nécessairement perdre des parts de marchés.
Il y a aussi des enjeux sociétaux, également, parce que cette technologie aura pour effet de transformer des professions ou de supprimer certaines fonctions.

Enfin, elle ajoute, que la blockchain pourrait permettre à l’Etat de gagner en efficacité qu’il s’agisse des transports (cartes grises), du cadastre, des actes administratifs ou encore des registres d’État civil.

La question de la blockchain apparaît donc d’une actualité brûlante et sa saisie par le législateur, essentielle. Il semble impératif non seulement de faire sortir cette technologie de la zone grise dans laquelle elle évolue mais également d’améliorer la compréhension de son fonctionnement. Objet de fantasme et de spéculation, la blockchain n’est pas la panacée, elle est toutefois une opportunité formidable dont il convient d’aborder, avec réalisme et méthode, les conditions de fonctionnement.