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Blockchains publiques – blockchains privées. Quelle différence ?

Les blockchains publiques sont aux blockchains privées ce que le réseau Internet est aux réseaux intranet. Alors que le réseau Internet est accessible à tout le monde, un réseau intranet ne le sera qu’à ceux qui le déploient. La différence fondamentale tient au mécanisme de consensus, qui permet de valider les transactions, et donc à l’immuabilité des données.

Ainsi, une blockchain publique, sans permission (permissionless blockchain) est ouverte à tous, sans restriction d’accès. Par nature totalement décentralisée, quiconque peut y effectuer des transactions, lire les transactions et tous ceux qui le souhaitent (et en ont les moyens) peuvent participer comme nœud de validation des transactions, et participer aux règles de fonctionnement du réseau et de la communauté. Cela signifie qu’aucune entité n’a le contrôle du réseau, ce qui garantit que les données ne peuvent pas être modifiées une fois enregistrées dans le registre public. Bitcoin, Ethereum ou en encore EOS sont les plus connues.

Bitcoin is an innovative payment network and a new kind of money. Ethereum is a global, open-source platform for decentralized applications. EOS is the leading open-source blockchain platform that enables transparency in transactions at the speed and scale needed to solve real-world challenges.

Une nuance intervient selon que les transactions d’une blockchain publique soient lisibles ou non par tous. Certaines blockchains publiques sont par nature axées sur l’anonymat de leurs utilisateurs. Monero ou encore ZCash sont deux blockchains publiques mais dont le contenu des transactions est anonymisé, de telle sorte que leur lisibilité sera privée.

Une blockchain privée, avec permission (permissioned blockchain) ou semi-privée, dite de consortium (semi-pemissioned blockchain), opère quant à elle un contrôle d’accès restreignant ceux qui peuvent rejoindre le réseau, devenir un nœud de validation et effectuer des transactions. Une blockchain privée désigne donc une base de données décentralisée, de nouvelle génération, dont l’utilisation se limite à certains membres identifiés. Alors que les blockchains privées sont totalement contrôlées par une entité centralisée, chacun des membres devant être accepté par ce seul acteur, les blockchains de consortium distribue le mécanisme de validation des transactions à travers chacun des acteurs du consortium. Chaque partenaire possèdera un nœud du réseau et les transactions seront validées selon le mécanisme choisis, par exemple sur la base d’une majorité acquise au sein de ces membres.

Les organisations centralisées préfèrent ainsi les blockchains privées ou de consortium, qui exploitent le caractère décentralisé du réseau mais pour leurs propres opérations internes afin d’échanger des informations entre eux de manière sécurisée.

Les blockchains privées ont ainsi une ou plusieurs entités qui contrôlent le réseau.

Une blockchain privée peut tout à fait rendre publique une partie des informations qu’elle contient, permettant ainsi à des tiers d’y lire des informations sans restriction d’accès. C’est notamment le cas des prototypes de blockchains privées déployées par le groupe de grande distribution Carrefour pour la traçabilité de certains produits alimentaires labélisés, auquel le consommateur accède avec un smartphone.

Une confusion fréquente consiste à penser que l’accès aux données d’une blockchain publique est public et que l’accès aux données d’une blockchain privée est restreint. Or, il n’en est rien.

Peut-être serait-il préférable de parler de blockchain ouverte et de blockchain fermée, comme l’explique Victor Gosselin de chez Ownest, une entreprise blockchain dont l’objet est de tracer les responsabilités sur une chaine logistique. « Parler de blockchain ouverte plutôt que de blockchain publique retranscrit davantage une réalité tangible où l’accès n’est pas conditionné par l’obtention d’une autorisation de la part d’un régulateur de la blockchain ». Il existerait donc des blockchains ouvertes, semi-ouvertes et fermées, même si, pour les puristes, seules les premières ont un réel intérêt et peuvent se revendiquer être de « véritables blockchains ».

Cependant, il ne s’agit pas pour autant d’opposer systématiquement les blockchains ouvertes ou publiques et les blockchains privées ou fermées. En effet, de nouvelles technologies émergent afin d’hybrider les deux types de blockchains, notamment pour parer aux problèmes de scalabilité des blockchains publiques comme Bitcoin ou Ethereum.

La technologie dite de « layer two », également appelée « hors chaîne » (off-chain) a pour objet d’augmenter les capacités de transaction d’une blockchain publique tout en conservant les avantages de la décentralisation d’un protocole distribué.

Le « Lightning Network » est une solution de Layer 2 fonctionnant sur le protocole Bitcoin. Il s’agit d’un protocole de paiement qui fonctionne au-dessus du protocole Bitcoin et qui permet d’accélérer les temps de transaction entre les nœuds. Le fonctionnement du Lightning Network consiste à ouvrir un canal de paiement sur une blockchain publique, alors appelée Layer 1, en l’occurrence Bitcoin pour le Lightning Network. Une fois ce canal de paiement ouvert sur la blockchain principale, les acteurs vont opérer entre eux autant de transactions que souhaitées. Ce canal de paiement peut rester ouvert quelques heures ou plusieurs mois. L’inscription dans la blockchain publique ne se fera qu’à la fermeture du canal de paiement, en inscrivant le solde final de la transaction entre les acteurs ayant ouvert ce canal de paiement.

Cet article est extrait du livre blanc « Blockchain et développement durable », à télécharger librement sur ce site.

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Blockchain Energie/Climat Transfert d'argent

Payer la recharge électrique de son véhicule en toute confiance

Gavin Newsom, gouverneur de l’État de Californie aux Etats-Unis depuis janvier 2019 a récemment signé un décret, sur le capot d’une Ford Mustang Mach-E, visant à proscrire la vente des nouveaux véhicules à moteur à essence et diesel d’ici à 2035.

Source : Cal Expo. DANIEL KIM DKIM@SACBEE.COM

La Californie rejoint une grosse dizaine de pays qui projettent d’arrêter les ventes de voitures à moteur à combustion interne : le Japon a planifié la fin de la vente de telles voitures en 2050, l’Irlande s’est fixée 2030 et souhaite même bannir certaines routes d’ici à 2045, la Norvège préfère instaurer une taxe prohibitive dès 2025, la France, quant à elle, vise la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici à 2040. Le développement de la voiture électrique, s’il devient un marché vital pour les constructeurs automobiles, ne s’arrête pas seulement à la vente de véhicules. Le maillage du territoire d’un réseau de bornes de recharge est la première condition pour que le marché des véhicules électriques se développe. En France, le gouvernement a promis 100 000 bornes de recharge publiques d’ici 2022. A la fin du premier trimestre 2020, 29 600 bornes de recharges étaient déjà en service et ouvertes au public.

Se pose également la question de la confiance dans les infrastructures de recharge. Qui facture ? Comment ? Qui m’assure que je suis facturé exactement ce que je consomme comme électricité ?

Dans un environnement « sans confiance », c’est-à-dire regroupant tout à la fois de nombreux opérateurs et de nombreux utilisateurs, les blockchains fournissent une solution idéale pour assurer la sécurité des transactions et leur auditabilité.

Werenode est une entreprise française créé en 2018 qui propose une infrastructure logicielle basée sur la blockchain française Tezos, pour sécuriser et simplifier la connexion et la transaction aux bornes de recharge électrique. Il s’agit d’assurer une connexion entre le propriétaire de la borne, le Charging Point Operator (CPO), le Mobility Service Provider (MSP) qui fournit la prestation de recharge, et l’automobiliste, le Electric Vehicule user (EV). « Nous avons choisi Tezos pour notre solution de chaîne de distribution en raison de son efficacité énergétique, de sa traçabilité et de sa gouvernance distribuée » explique Dr. Benoit Maïsseu, fondateur de Werenode et General manager for Electric Vehicles de l’Alliance Renault, Nissan, et Mitsubishi. « En effet, grâce à l’algorithme de preuve d’enjeu, Tezos est la blockchain verte qui répond à nos besoins, loin de certaines autres blockchains fournissant des fonctionnalités de contrats intelligents comme Ethereum qui ont un coût énergétique très élevé d’environ 77kWh par transaction ».

Werenode a travaillé avec Edukera, l’équipe de développement informatique en charge d’Archetype, un langage de smart contract sur Tezos, et qui permet une vérification formelle (formal verification), une manière de fournir la preuve qu’un contrat intelligent fait uniquement ce pour quoi il a été conçu.

Un certain nombre d’informations sont consignées dans la blockchain Tezos par le biais de smart contrat :

Le premier contrat intelligent est le carnet d’adresses qui enregistre tous les points de charge (ou équipements d’alimentation des véhicules électriques – EVSE) qui rejoignent notre cadre ouvert. Parmi d’autres informations clés, ce carnet d’adresses sécurisera l’adresse publique Tezos du propriétaire de la borne de recharge (EVSE – Owner), l’URL de l’opérateur de la borne de recharge (ESVE – manager) et l’adresse de contrat intelligent de l’EVSE.
Le second contrat intelligent, en fait une famille de contrats intelligents, conservera toutes les données pratiques, techniques et du point de recharge. Ces données comprennent sa localisation, les services fournis avec leurs prix et leurs caractéristiques techniques.
Enfin, nous enregistrerons toutes les transactions du cadre grâce à un token dédié, Werecoin – FA1.2, conforme à certaines fonctionnalités supplémentaires limitées.
Source : Werenode.com

L’automobiliste client de Werenode pourra payer la recharge électrique de son véhicule par Visa, MasterCard, virement bancaire ou jetons Werecoin, le token basé sur Tezos. De plus, le réseau Werenode est ouvert et « si vous disposez d’une borne de recharge accessible avec une prise connectée, il vous suffit d’enregistrer votre équipement de recharge de véhicule électrique sur l’application Werenode. Vous indiquez la disponibilité de la place de parking avec la fonction de chargement, vous vérifiez la connexion internet de la prise et vous êtes prêt à aider les autres conducteurs de véhicule électrique et à gagner de l’argent dans le processus ».

Sources :

  • « Bannir les véhicules à combustion interne », IREC, lautjournal.info, 28 novembre 2018. Lien.
  • « Combien de bornes de recharge y a-t-il en France pour les voitures électriques ? », Yann Lethuillier, frandroid.com, 1er mai 2020. Lien.
  • « Governor Newsom Announces California Will Phase Out Gasoline-Powered Cars & Drastically Reduce Demand for Fossil Fuel in California’s Fight Against Climate Change », Office of governor, September 23, 2020. Lien.
  • «Werenode uses Tezos to create a sharing network for electrical vehicle charging points », Allen Walters, publish0x.com, October 10th, 2020. Lien.
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Blockchain Transfert d'argent

Blockchain & monnaie communautaire : l’exemple de Grassroots Economics

Grassroots Economics est une fondation à but non lucratif qui développe et met en œuvre des programmes de monnaies communautaires dans les quartiers défavorisés des grandes villes d’Afrique de l’Est et Centrale, et notamment au Kenya.

En 2010, Grassroots Economics a lancé son premier programme de monnaie communautaire dans les quartiers défavorisés de Mombasa et de Nairobi au Kenya, avant de s’étendre à quatre autres communautés locales. Cinq monnaies locales circulent en 2015 et sont alors réunies sous un parapluie commun appelé Sarafu Credit[1].

Ces différents monnaies complémentaires permettent, lorsqu’il n’y a plus de circulation de monnaie nationale, le shilling kenyan, de continuer à satisfaire localement les besoins essentiels, tels que l’accès à la nourriture et le paiement des frais de scolarité.

Jusque récemment, ces monnaies prenaient la forme de billets en papier, circulant à côté de la monnaie nationale, le shilling kenyan.

Les monnaies communautaires créent ainsi un moyen d’échange stable lié au développement local et contourne ainsi l’instabilité économique et la rareté de l’argent liquide, tout particulièrement lors de crises, telle que celle provoquée par la Covid 19 en mars 2020.

En juin 2018, Grassroots Economics a fait évoluer son système de monnaie papier vers une blockchain en utilisant le protocole et le réseau Bancor[2].

Bancor est un service basé sur la blockchain Ethereum permettant l’échange décentralisé de jeton (appelés DEX, pour Decentralized Exchange) reposant sur des smart contracts et des « Atomic Swap ».

Un Atomic Swap permet à deux personnes qui ne se connaissent pas d’échanger des jetons sans intermédiaire et sans avoir besoin de se faire confiance. Si l’un d’eux ne respecte pas son engagement et n’envoie pas les jetons, alors l’autre personne sera remboursée de son envoi grâce à une protection inscrite dans un smart contract.

L’intérêt du réseau Bancor est d’apporter de la liquidité à des jetons dont l’offre et la demande sont faibles.

Si les bitcoin ou les Ether n’ont pas de problème de liquidité, parce que de très nombreux acheteurs et vendeurs se rencontrent sur des plateformes d’échange, ce n’est pas le cas de milliers de jetons dont l’efficacité locale peut être très forte pour le petit nombre d’utilisateurs mais dont les échanges à l’échelle mondiale sont extrêmement faibles. Le protocole Bancor permet ainsi de convertir des jetons entre eux plutôt que devoir les échanger sur une plateforme traditionnelle d’échange de jetons. En juin 2017, Bancor a réalisé une ICO leur permettant de lever l’équivalent de 153 millions de dollars en seulement quelques heures.

D’un point de vue financier, le réseau Bancor et son fonctionnement via Atomic Swap pourrait être comparé au rôle des banques centrales qui détiennent des réserves de devises. Exception faite que les échanges de jetons se réalisent de pair-à-pair, sont sécurisés et ne passent par aucun intermédiaire, pas même une plateforme d’échange.

Bernard Lietaer, disparu le 4 février 2019, était un économiste et universitaire belge, professeur à l’université de Berkeley et cofondateur de l’Euro. Spécialiste des questions monétaires internationales, il fut l’un des plus grands promoteurs des monnaies complémentaires comme outil de résilience économique et territoriale. Soutien de la première heure du réseau Bancor, il le définissait ainsi : « l’idée principale est de permettre aux utilisateurs d’émettre des devises complémentaires à la condition que le jeton émis détienne une ou plusieurs réserves, telles que des devises numériques ou conventionnelles, ainsi que d’autres actifs. Cela permettra à toute devise utilisant ce protocole d’être échangée contre toute autre devise faisant partie du « panier de réserve« , sans avoir besoin d’une contrepartie pour le faire[3] ».

Pour une fondation à but non lucratif comme Grassroots Economics, l’intérêt d’utiliser le réseau Bancor est ainsi de pouvoir offrir une bien meilleure liquidité aux monnaies communautaires créées localement, en permettant à leur détenteur non seulement de les utiliser à l’échelle locale, mais également de les convertir dans n’importe quel autre cryptodevises, bitcoin, Ether ou autre jeton ainsi qu’en monnaie fiduciaire.

[1] Sarafu veut dire « monnaie » swahili.

[2] En référence à « Bancor », mot proposé par l’économiste Keynes, et refusé par les Etats-Unis, pour décrire une monnaie servant d’étalon monétaire international lors de la conférence de Bretton Woods en 1944.

[3] « Bernard Lietaer, un guerrier de la justice financière qui s’est battu pour la liberté de la monnaie », Supportivy.com, 7 février 2019.


Cet article est extrait du livre blanc « Blockchain et développement durable », à télécharger librement sur ce site.

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Transfert d'argent

Argent programmable et investissement à impact social

L’argent est un ensemble de règles communes pour échanger de la valeur. Comme l’explique Olivier Rocca, CEO de Money by design, « une monnaie est un instrument mono-usage au sens où il s’agit essentiellement d’un instrument de paiement passif qui est déplacé en fonction des échanges ». Adossée à une blockchain, l’argent devient programmable, car suivant le type de jeton mis en œuvre, des règles informatiques précisent quand et comment la valeur peut être échangée. Le système monétaire est alors reconfiguré en permettant une programmation de la monnaie en vue de son usage, de ses fonctionnalités et de ses objectifs.

Par exemple, l’acheteur d’un stock de grain effectuera le paiement lorsque le stock sera effectivement livré. Parce que l’argent devient programmable, non seulement de nouveaux services s’inventent, mais en plus, des services existants s’adressent différemment : échange d’argent en pair-à-pair, traçabilité des aides au développement, du donateur jusqu’au bénéficiaire, lutte contre la corruption, inclusion financière, crowdfunding d’impact, la diversité des applications n’a de limite que l’imagination de leurs concepteurs.

Le caractère programmable de l’argent renouvelle fondamentalement notre représentation de la monnaie. Pour la première fois de l’histoire, un jeton et un protocole assurent une fonction d’intermédiaire des échanges sans s’appuyer sur le moindre intermédiaire garantissant sa liquidité, au premier rang desquels les États et les banques.

Les monnaies programmables, par leur nature distribuée, bouleversent en profondeur la manière dont n’importe quelle organisation gère, traite et transfère des fonds.

Au-delà du « simple » transfert d’argent, les blockchains trouvent des applications dans quatre grands domaines directement liés aux Objectifs de développement durable :

  • l’investissement à impact social (impact investing),
  • l’économie durable et les monnaies complémentaires (sustainable development economy and currency),
  • l’inclusion financière (financial inclusion)
  • et les collectes de fonds, aides et charité (fundraising, aid and charity).

Cette semaine, nous commencerons par nous intéresser à l’investissement à impact social.

L’investissement à impact social est défini comme « un investissement qui allie explicitement retour social et retour financier sur investissement1 ». Il s’agit de proposer à des investisseurs, qu’ils soient particuliers ou entreprises, de financer des projets aux impacts sociaux ou environnementaux positifs.

TREE Token, fondé en janvier 2018 par Tristan Lecomte et Boris Vallee en est une illustration. TREE Token est une plateforme qui permet d’investir dans des projets d’agroforesterie en partenariat avec des organisations de petits agriculteurs, actuellement au Pérou et en Bolivie. Les fonds sont investis dans la plantation d’arbres et de cultures combinées, dont l’exploitation génère une source de revenus pour les agriculteurs, un rendement financier pour le détenteur du jeton mais également de multiples impacts positifs sur le climat, les sols, l’eau, la biodiversité. L’ensemble des transactions est enregistré dans une blockchain permettant à chacun de suivre concrètement l’impact de leur contribution et le retour sur leurs investissements.

Autre exemple actuellement mis en œuvre en Afrique du Sud ou encore en Moldavie, The Sun Exchange est une place de marché qui permet à ses membres d’acheter, dans le cadre de contrats de vingt ans, des cellules solaires qui sont ensuite louées à des écoles, des hôpitaux, des usines et d’autres utilisateurs finaux. Alors que les membres perçoivent une rémunération en bitcoin, en SolarCoin ou encore en monnaie fiduciaire, les consommateurs d’énergie des projets solaires bénéficient d’une électricité abordable, sans frais d’achats initiaux, et paient leur consommation d’électricité solaire en remplacement de celle utilisée à travers des générateurs diesel et toutes autres sources d’énergies polluantes. The Sun Exchange s’occupe de la co-conception des projets solaires avec des entreprises locales, de l’accompagnement juridique et contractuel, ainsi que de la collecte et de la location du matériel. Toutes les interactions sont enregistrées via une blockchain, permettant ainsi une transparence totale entre les investisseurs, les projets et les consommateurs d’électricité.

1 Comité français sur l’investissement à impact social.

Cet article est extrait du livre blanc « Blockchain et développement durable », à télécharger librement sur ce site. 

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Interviews Transfert d'argent

Est-il possible de réserver en ligne sans passer par une plateforme de réservation ?

Réserver… un hôtel ou un appartement, des bureaux, une salle de réunion, un studio de musique ou une galerie d’art. Réserver… un vélo, une trottinette, une voiture, un train, un avion, un bateau, un taxi. Réserver… une place de cinéma, de théâtre, de musée, de spectacle. Réserver… un restaurant, un traiteur… Cette liste à la Prévert pourrait encore continuer. Sur le web, tout se réserve. Ces services sont d’ailleurs devenus le cœur de métier de quelques géants du web, des plateformes de réservation, qui s’accaparent l’essentiel du marché selon leur domaine d’activité, à l’instar de Booking.com et Expedia pour les hôtels.

S’appuyer sur une blockchain pour sécuriser la réservation d’un service entre une entreprise et un utilisateur permettrait de se passer d’intermédiaire, et donc de la commission correspondante qui peut représenter 15 à 35% du prix final.

C’est l’ambitieux pari d’une entreprise créée en 2017 par Vidal Chriqui et Hervé Hababou qui développe un protocole open source appelé BTU Protocol et implémenté sur la blockchain Ethereum.

Ethereum est une blockchain de deuxième génération, inventée en 2015 par Vitalik Buterin. Ce protocole d’échanges décentralisés permet la création de « smarts contracts » qu’il convient de traduire en français par « contrats autonomes » ou, selon son inventeur, « scripts persistants ». Ces contrats autonomes permettent de vérifier et de mettre en application des accords mutuels qui sont enregistrés et consultables publiquement dans la blockchain d’Ethereum. L’intérêt de ces contrats est qu’ils sont autonomes, répliqués dans tous les nœuds de la blockchain, et que, bien sûr, leur exécution ne passe pas par un tiers de confiance pour en garantir la validité. Ethereum met à disposition le standard ERC20, sur lequel pratiquement toutes les ICO s’appuient, ces fameuses levées de fonds en crypto-devises. Mais il existe d’autres protocoles Ethereum, comme l’ERC-721, dont le token n’est pas fongible, l’ERC-1202, un protocole de vote ou encore l’ERC-808, qui nous intéresse ici, un protocole décentralisé de réservation inventé par BTU Protocol.

 

Ainsi, plutôt que s’attaquer au monopole des plateformes de réservation en créant une blockchain dédiée ou encore un token adossé à une blockchain existante, BTU Protocol propose un standard de réservation sur la blockchain publique Ethereum pour que n’importe quelle application décentralisée ou site web puisse l’intégrer et facilement l’utiliser.

L’écosystème proposé par BTU Protocol prévoit ainsi l’utilisation d’un smart contract fonctionnant sur la blockchain Ethereum, un module à intégrer pour l’entreprise qui propose un service à réserver ou à louer ainsi qu’un jeton, le BTU token, qui sécurise les transactions dans le système. L’objet du jeton BTU est plus d’encourager les comportements appropriés, tels que récompenser les réservations réussies et faire respecter les règles en matière d’annulation tardive et de non-présentation que de spéculer sur sa valeur.

L’occasion nous a été donnée de rencontrer Vidal Chriqui pour en apprendre plus sur BTU Protocol et ses perspectives de développement.

Blockchain__X : Vous avez créé BTU Protocol en février 2018, quel a été votre parcours auparavant ; quand et comment vous êtes vous intéressé aux blockchains ?

Vidal Chriqui : J’ai découvert le Bitcoin par hasard en 2011. En tant qu’ingénieur et architecte qui avait travaillé sur des systèmes distribués, c’était pour moi une découverte fantastique, un chef d’oeuvre d’architecture informatique qui proposait une solution économique à certains problèmes (attaques sybilles) que la technologie ne savait pas résoudre.

Je me suis progressivement passionné pour le sujet grâce à des podcasts et aux ressources disponibles sur Internet pour les développeurs … jusqu’à lancer la première web-série francophone sur le sujet : Blockchain Révolution. J’ai participé à beaucoup d’initiatives, d’évangélisation et travaillé comme conseil sur le lancement de plusieurs émissions de tokens en France et à l’étranger.

Ce qui me passionne avant tout, c’est que nous assistons à la naissance d’un nouveau modèle d’entreprise, de création et de partage de valeur.

L’aboutissement de mon parcours dans cet écosystème est le lancement de BTU Protocol dont nous allons parler aujourd’hui.

BTU Protocol remet en cause les plateformes de réservation centralisées. En une phrase, comment présenteriez-vous BTU Protocol ?

A l’image du bitcoin qui a introduit le paiement pair-à-pair et la disruption des banques, BTU Protocol a introduit la réservation pair-à-pair et la disruption des plateformes de réservations en ligne.

Dit autrement, BTU Protocol propose un circuit-court (ou plus court) pour tous les types de réservations.

Le grand public connaît déjà le circuit-court agricole : plutôt que d’acheter ses aliments à l’hypermarché, on les achète en direct auprès de l’agriculteur. BTU Protocol étend cette logique à tous les secteurs : ainsi, on peut par exemple désormais réserver une nuitée directement chez un hôtelier plutôt que passer par une plateforme monopolistique et se voir dicter une commission élevée.

En proposant un protocole de réservation fonctionnant sur la blockchain Ethereum, vous permettez à des entreprises et des clients d’effectuer des transactions sans passer par un intermédiaire. L’écosystème que vous avez imaginé repose sur des blogueurs, des influenceurs, des groupes médias ou encore des développeurs et des éditeurs de logiciel qui vont intégrer votre outil afin de proposer, à leur audience, de réserver un service ou un bien. Or, pour le client final, la plus value d’une plateforme centralisée est justement de retrouver, en un seul endroit, l’offre la plus large possible. Comment répondez-vous à cette problématique ?

Nous ne sommes pas contre les intermédiaires, nous sommes juste contre les monopoles. En fait, BTU Protocol libéralise le métier d’intermédiaire de la réservation. Grâce à notre widget (ou à nos API pour ceux qui peuvent construire leur UX), tout le monde peut rentrer gratuitement dans le “métier” de la réservation hôtelière. Du coup, on brise les monopoles du secteurs et les commissions peuvent devenir plus « justes ».

Notre approche est très pragmatique : il n’y a pas assez d’utilisateurs capables de manipuler un protocole blockchain et un token, ces nouveaux intermédiaires sont nécessaires car ils permettent aussi de masquer la complexité de la blockchain à leur audience.

A terme (10 voire probablement 20 ans), quand tout le monde saura manipuler des protocoles blockchain, on pourra se passer d’intermédiaires et on basculera dans la réservation pair-à-pair la plus aboutie.

Votre service s’adresse donc plus aux affiliés qui vont intégrer votre widget de réservation sur leur site web qu’à l’utilisateur final qui effectue la réservation. L’intérêt pour l’affilié est de percevoir une commission et pour l’utilisateur final, de réaliser une opération de cash back sur le montant dépensé, payée en BTU Token. Comment cette commission est-elle calculée et que représente-t-elle par rapport à la commission des grandes plateformes de réservation ?

Oui, à ce stade de l’adoption blockchain, notre service vise les sites qui veulent monétiser leur audience et gagner des crypto-monnaies. Nous les appelons des « mineurs » dans une vision de type « generalized mining » car ils « minent » des clients pour les hôteliers ou tout autre fournisseur de service.

Pour les utilisateurs avancés (encore trop minoritaires) qui savent naviguer sur un “dapp-browser”, ils sont directement rémunérés pour leur utilisation du service.

De notre coté, BTU Protocol reverse intégralement la commission donnée par les fournisseurs de services (hôtel, etc…) car le modèle est à 0% de commission pour BTU Protocol.

En octobre dernier, BTU Protocol a lancé à Paris un service de réservation d’une voiture à bas coût, en partenariat avec la société de location de voitures « 2A4R Auto ». Quels sont les retours aujourd’hui ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

La flotte a été est intégralement louée en décembre 2018 et l’année 2019 a très bien démarrée. Cette première mise en production nous a permis de faire gagner de la maturité à notre logiciel et préparer une mise en production plus massive dans le secteur de l’hôtellerie.

Coté loueur, les conditions commerciales ont été revues pour favoriser de la location à la semaine ou sur des plus longues durées. Pour les locations moyenne durée, le service a diminué de prix (16 euros par jour en moyenne), mais pour des “journées isolées”, le prix a augmenté. Pour rappel, nous sommes uniquement, le protocole de réservation, ce sont les fournisseurs de service (ici le loueur de véhicule) qui fixent les conditions tarifaires.

Vous avez lancé le 7 janvier 2019 « BTU Hôtel », un service qui permet de réserver sans commission un hôtel parmi plus de 2 millions à travers le monde. Vous vous êtes appuyés sur un éditeur de logiciel qui agrège 110 sources de données dans la réservation hôtelière à destination des grands comptes et des agences de voyages. Quel est leur intérêt de proposer des offres sans commission pour eux?

Grâce à BTU Protocol, l’éditeur de logiciel en question a pu étendre ses canaux de distribution en diffusant son inventaire exhaustif sur des nouveaux segments de clients qui ne sont pas adressables aujourd’hui par une structure commerciale « traditionnelle ». L’avantage est très concret en terme de nouveau business généré.

A noter que le service BTU Hotel est un service qui nous permet d’avoir des retours utilisateurs et améliorer les widgets que nous diffusons via des sites à fort trafic.

BTU Protocol peut également s’appliquer au commerce de bouche. Parlez-nous de votre démonstrateur avec la Maison GK. De quelle manière pourrait-il se généraliser sur ce secteur ?

Il s’agissait pour nous d’un pilote pédagogique pour illustrer le fait que notre protocole s’applique à beaucoup d’autres industries que celle du voyage dont nous parlons beaucoup quand nous donnons des exemples.

Ce démonstrateur a permis de prendre des contacts dans l’industrie de l’épicerie fine qui est très concernée par le circuit court et qui comprend parfaitement les enjeux de notre technologie. Nous espérons étendre rapidement ce pilote.

Vous avez réalisé une importante ICO, de l’ordre de 5,5 millions de dollars. A quoi ces fonds sont-ils destinés et quel est le modèle économique de BTU Protocol ?

Les fonds récolté par notre vente de tokens sont destinés au développement du protocole, à son déploiement et à sa promotion. Nous avons aussi monté un fonds d’écosystème pour accélérer les projets connexes clés qui sont nécessaires au bon fonctionnement de notre protocole. Ainsi, nous avons participé au récent tour de table de Coinhouse, partenaire clé pour l’adoption des crypto actifs par les entreprises utilisatrices de BTU Protocol.

Quant à notre modèle économique, il est très direct : notre objectif est de créer de l’usage afin de valoriser notre token et la réserve (20% de la supply) de la société. C’est l’appréciation (à terme) du token BTU qui permettra de faire perdurer notre écosystème.

Comment voyez-vous l’avenir de la réservation en ligne et quelles sont vos pistes de développement ?

Nous pensons que la réservation du futur va être décentralisée (en terme de canaux) et que notre protocole contribuera à rendre les commissions de ce secteur plus juste. Aussi, la réservation se fera sur des nouveaux canaux tels les assistants vocaux disponibles sur tous les appareils de la maison, également depuis les tableaux de bord des automobiles de la future génération et enfin via les micro-influenceurs.

Pour les utilisateurs, nous basculerons progressivement d’un intermédiaire subi (monopole) à un intermédiaire choisi (micro-influenceur ou nouveaux médias).

Merci !

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BTU Protocol //  Linkedin / Facebook

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Transfert d'argent

Les banques centrales vont-elles bientôt émettre des crypto-actifs ?

Jesse Lund, responsable des solutions blockchain pour les services financiers chez IBM, a récemment déclaré sur un forum Reddit, lors d’une session de questions informelles, que la firme allait prochainement lancer solution de Central bank digital currency (CBDC) s’appuyant sur le réseau Stellar et la blockchain du même nom.

Une Central bank digital currency (CBDC), une monnaie électronique de banque centrale, également appelée « Digital Fiat Currency » ou « monnaie de base numérique » est la forme numérique de la monnaie fiduciaire, (la monnaie comprenant les pièces et les billets de banque), établie par la loi ou par la réglementation gouvernementale. (Source).

Elle se distingue d’un crypto-actif provenant d’une blockchain publique comme le bitcoin ou l’ether puisqu’elle est adossée à une banque centrale et donc émise par l’instance même dont le bitcoin propose de se passer.

La solution proposée par IBM s’appuie donc sur le réseau Stellar, dont nous avons longuement parlé ici, et qui permet d’échanger de l’argent d’un pays à l’autre en quelques secondes et pour un coût modique, un « atout pour soutenir le change et le règlement en temps réel » selon Jesse Lund.

La solution permettra aux banques commerciales d’effectuer des paiements transfrontaliers. Elle permettra également à la banque centrale cliente d’émettre des actifs numériques, présentés comme « une alternative et un complément à Lumens », le crypto-actif de Stellar. Si le réseau Stellar est public, ce réseau destiné aux banques centrales est construit « au-dessus » et sera donc privé.

Selon Michael Bordo et Andrew Levin, tous les deux professeurs d’économie, les bénéfices à ce que les banques centrales mettent en place une CBDC sont nombreux :

  • Sécurité des systèmes de paiement : un instrument de paiement numérique interopérable sécurisé et standard, délivré et géré par une banque centrale et utilisé comme instrument de paiement numérique national, renforce la confiance dans les systèmes monétaires privés et renforce la confiance dans l’ensemble du système national de paiement tout en stimulant la concurrence dans les systèmes de paiement.
  • Protection de l’argent en tant que service public : les monnaies numériques émises par les banques centrales constitueraient une alternative moderne à l’argent physique – dont l’abolition est actuellement envisagée.
  • Préservation du revenu du seigneuriage : l’émission publique en monnaie numérique éviterait une réduction prévisible du revenu de seigneuriage pour les gouvernements en cas de disparition de l’argent physique.
  • Inclusion financière : les comptes d’argent sûr détenus par les banques centrales pourraient constituer un instrument fort d’inclusion financière, permettant à tout résident légal ou citoyen d’obtenir un compte bancaire de base gratuit ou à faible coût;
  • Efficacité technologique : au lieu de s’appuyer sur des intermédiaires tels que les banques et les chambres de compensation, les transferts d’argent et les paiements pourraient être effectués en temps réel, directement du payeur au bénéficiaire.
  • Concurrence bancaire : la mise à disposition de comptes bancaires gratuits à la banque centrale offrant une sécurité totale des dépôts d’argent pourrait renforcer la concurrence entre banques pour attirer les dépôts bancaires, par exemple en offrant à nouveau des dépôts à vue rémunérés.
  • Transmission de la politique monétaire : l’émission de monnaie de base par les transferts au public pourrait constituer un nouveau canal de transmission de la politique monétaire, qui permettrait un contrôle plus direct de la masse monétaire que des outils tels que l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt, et éventuellement ouvrir la voie vers un système bancaire de réserve complet. [27]
  • Sécurité financière : La CBDC limiterait la pratique des banques à réserves fractionnées et rendrait potentiellement moins nécessaires les systèmes de garantie des dépôts ».

Aujourd’hui, nombreux sont les Etats à s’y intéresser.

En juin 2016, la banque centrale du Canada avait déjà annoncé travailler avec Payments Canada, R3 (un consortium de banque) et des banques canadiennes, sur une Digital Fiat Currency appelée CAD Coin. Et à la même époque, IBM et Stellar travaillaient également ensemble sur le sujet.

Sujet d’intérêt de l’Europe, mais aussi de la People’s Bank of China ou encore de la Banque d’Angleterre qui ont tout deux indiqué conduire des travaux sur les CBDC, une littérature scientifique se développe également depuis 5 ans.

Après l’annonce du Petro, une CBDC basée sur le pétrole, le président vénézuélien a ensuite fait allusion au « Petro Oro », une CBDC adossé à l’or.

En janvier 2018, un projet de loi a été proposé devant le parlement russe pour mettre en place un « Cryptorouble »,« un actif financier numérique (crypto-monnaie) – analogue au rouble, qui circulera sur le territoire de la Fédération de Russie, et sera protégé par des méthodes cryptographiques et utilisé par les participants dans un registre distribué de transactions numériques ». Même annonce de la part de la banque centrale d’Indonésie ou encore d’Israël.

La Suède, l’Estonie et même la Suisse semblent également s’y intéresser.

Alors bien sûr, il faut faire le tri entre les effets d’annonces et la réalité des choses. A ce jour, ni une banque centrale ni un Etat n’a véritablement mis en place un crypto-actif. Faut-il y voir une course à celui qui pourra l’annoncer le premier ?

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Stellar : du transfert d’argent multi-devise et transfrontalier à très faible coût

Stellar, quelle application pratique ?
Pour les personnes, Stellar permet de transférer de l’argent (euros, dollars, yen…) à une autre personne, dans n’importe quelle devise (monnaie ou crypto-actif). L’infrastructure de paiement fonctionne sur une blockchain et permet d’effectuer une transaction en 2 à 5 secondes. Parce que les frais sont infimes, moins de un centime, il devient ainsi possible d’effectuer des micro-paiements, transfrontaliers, avec des opérateurs de paiement locaux, et à moindre frais.

Organisation à but non lucratif, Stellar.org est une infrastructure de paiement distribuée et open-source, reposant sur le « Stellar Network », fondée en 2014 par le sulfureux Jed McCaled. A l’origine de Stellar.org, cette idée « d’offrir aux personnes qui n’ont pas accès aux services bancaires, essentiellement des habitants de pays en développement, des moyens de payements depuis les téléphones portables ainsi que des solutions de transferts internationaux immédiats moyennant une fraction de centime ».

Cette infrastructure de paiement a été conçue pour échanger n’importe quel type de devise ou d’actif (les monnaies fiat comme le dollar ou l’euro mais aussi les cryptoactifs comme le bitcoin ou autres altcoins). Le réseau fait également office de bourse décentralisée pour opérer le change entre les différentes devises.

Prenons un exemple concret. Paul et Céline ont chacun un compte Stellar. Chaque compte se voit attribuer un jeu de clés privées et publiques, à l’instar du bitcoin, qui servira à la fois d’identifiant sur le réseau et de signature pour effectuer des transactions.

Paul veut envoyer des dollars à Céline, en utilisant son solde en euro. Stellar soumet automatiquement une offre à une bourse d’échange distribuée qui vend des USD pour des EUR. Le réseau trouve ensuite le meilleur taux de change pour la transaction, qui peut ensuite s’effectuer de trois manières :

  • Conversion à travers une offre : Stellar trouve une offre sur la bourse interne USD / EUR quelqu’un qui veut acheter des EUR contre des USD et effectue automatiquement l’échange entre Paul et Céline.
  • Utilisation de Lumens comme monnaie intermédiaire : Stellar recherche des offres sur le réseau demandant des EUR en échange de lumens (XLM, le crypto-actif de Stellar). Il recherche simultanément une offre demandant des Lumens en échange d’USD. Le réseau effectue ces échanges et envoie à Céline le crédit en dollars de Paul.
  • Chaîne de conversions : S’il n’y a pas de relation explicite entre les offres d’achat et de vente, Stellar essaie de trouver des offres du réseau qui mèneront une chaîne de conversions de EUR à USD. Par exemple, EUR à AUD, AUD à BTC, BTC à XLM, XLM à USD.

Qu’est-ce que le Lumen (XLM), le crypto-actif de Stellar ?

Le protocole qui fonctionne sur le réseau Stellar (Stellar Network) ne nécessite pas de minage pour créer des jetons, ce qui signifie que l’ensemble des Lumens (XLM) existent déjà au démarrage du réseau. Un lumen est un crypto-actif, un jeton numérique permettant d’utiliser le réseau Stellar (il faut au minimum 0,5 stellar pour que le compte reste actif, soit 15 centimes d’euros au 8/3/2018), payer les frais de transaction (0,001 lumen par transaction (soit 0,00032 centimes d’euros à la même date), et surtout, assurer l’authenticité des comptes dans un registre distribué de type blockchain.

Ces Lumens sont et seront distribués gratuitement :

  • 50 % aux personnes intéressées, sur simple demande
  • 25 % à des organisations à but non lucratif, en lien avec l’inclusion des populations non bancarisées (Partnership Grant Program)
  • 20 % aux possesseurs de Bitcoin
  • 5 % conservés par Stellar.org pour son fonctionnement

En 2017, plus de 18 468 394 032 ont déjà été distribués. Il en existe 103 milliards.

Les avantages de Stellar seraient les suivants :

  • Règlement en temps réel (2-5 secondes)
  • Transactions sécurisées sur une blockchain utilisant des procédés cryptographiques.
  • Conformité réglementaire (en passant par des banques et les procédures de KYC.
  • Des paiements qui s’effectuent aussi facilement qu’envoyer un email
  • Une portée internationale avec un seul point d’entrée
  • Idéal pour les micropaiements : des frais de 0,01 $ traitent environ 600 000 transactions
  • Un échange de monnaie automatique

Comment fonctionne le réseau de paiement ?

Stellar est un réseau de serveurs décentralisés qui tiennent à jour un registre distribué (une blockchain). Tous les registres distribués contiennent l’ensemble des transactions effectuées sur le réseau.

Crédit dessin (Stellar.org)

Tous les serveurs communiquent entre eux pour vérifier les transactions et se synchroniser toutes les 3 à 5 secondes. Ce mécanisme s’appelle un consensus. C’est la manière dont les transactions sont validées et inscrites sur le registre distribué. Ces règles de consensus suivent le Stellar Consensus Protocol (SCP), inventé par David Mazières, dont le livre blanc est résumé ici.

Crédit dessin (Stellar.org)

Les Lumens (XLM), le crypto-actif de Stellar, n’ont donc pas besoin d’être minés, comme avec le protocole Bitcoin, qui repose lui sur un autre autre système de validation et d’inscription des transactions sur un registre distribué : le minage par la preuve de travail (proof of work). Ils servent à payer les frais de transactions sur le réseau dont le détail est publié ici.

Les banques ne sont pas court-circuitées

Certains noeuds du réseau Stellar sont appelés des « ancres ». Les « ancres » agissent comme des entités de confiance entre une monnaie donnée et le réseau Stellar. Typiquement, les opérateurs de paiement et les banques peuvent être « ancres » sur le réseau Stellar. Elles permettront aux utilisateurs de Stellar d’utiliser des devises comme les dollars, les euros ou des francs CFA.

Quel est le modèle économique de Stellar ?

Stellar.org est une organisation à but non lucratif. « Notre mission est de connecter les gens à des services financiers à faible coût pour lutter contre la pauvreté et maximiser le potentiel individuel. À cette fin, nous ne facturons pas les personnes ou les institutions pour l’utilisation du réseau Stellar. Stellar.org couvre les coûts opérationnels de plusieurs façons : 5% des lumens (XLM) initiaux ont été mis de côté pour les coûts opérationnels. Stellar.org accepte les dons déductibles du public. A ses débuts, Stellar.org a reçu un financement de démarrage de la part de Stripe, ainsi que des dons de BlackRock, Google.org et FastForward.

Les concurrents

ABRA propose un service similaire : « Chez Abra, nous rendons l’argent mobile. Abra propose un portefeuille de monnaie numérique sur smartphone basé sur le bitcoin. Acheter, vendre, stocker ou envoyer des devises fiat ou bitcoin. Notre vision est un système financier mondial ouvert, facilement accessible à tous » Source.

Ou encore la startup Kényane BitPesa qui propose des services de transactions financières via Bitcoins depuis 2013. Les bitcoins, provenant généralement de l’étranger, sont convertis en monnaie locale et déposés sur les comptes bancaires ou portefeuilles électroniques de l’utilisateur. Le service a d’abord été pensé pour faciliter le transfert d’argent entre la diaspora kenyanne, entre ceux sur place et ceux à l’étranger. Rapidement, des entreprises, principalement des PME l’ont adopté comme moyen de paiement et Bitpesa a élargi son offre à la Tanzanie, au Nigéria ainsi qu’en Ouganda.

Qui utilise Stellar ajourd’hui ? 

Nous avons posé la question sur le forum Stellar de Reddit pour avoir quelques retours d’expérience : Who use Stellar (not to speculate but withdraw money) ? Pour comprendre le fonctionnement du réseau Stellar, il faut comprendre qu’un opérateur de paiement local peut s’interfacer avec le réseau Stellar et ainsi utiliser leurs infrastructure de transfert d’argent. C’est le cas de l’application clic.world utilisée en Afrique ou coins.ph aux Philippines :

I travelled through the philipines using stellar a lot. Used the tempo.eu anchor to withdraw money through the coins.ph app and the security bank cardless atm. Saved me 100’s of dollars in banking fee’s. Even payed the load of my philiphine phone number with the coins.ph app.

Un autre témoignage intéressant, également aux Philippines. En Colombie, la société Anclax permet de rejoindre le réseau Stellar.

Et vous ? Que pensez-vous de Stellar ? L’avez-vous déjà utilisé ?

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Transfert d'argent

R3 : une blockchain au service d’un consortium de banques

Depuis l’automne 2015, les banques et les institutions financières considèrent les blockchains comme une opportunité pour économiser d’importants frais liés au transfert d’argent.

R3 est à la fois une start-up américaine créée en septembre 2015 et un consortium regroupant neuf banques à son lancement, parmi lesquelles Barclays, Crédit Suisse, Goldman Sachs, JP Morgan (qui a depuis quitté le consortium) ou encore la Royal Bank of Scotland.

Rejointes sans plus attendre par d’autres institutions financières dont la Société Générale, BNP Paribas ou encore Natixis, ce sont aujourd’hui quelque 80 établissements financiers du monde entier qui mènent de concert des travaux portant sur les blockchains.

Il s’agit, non plus de blockchains publiques et ouvertes à tous, mais de blockchains privées, où les nœuds du réseau sont prédéterminés. Si la perspective de réduction des coûts pour le secteur bancaire, jusqu’à 20 milliards de dollars par an, a fait rêver plus d’un directeur d’institution financière, des tensions liées à la gouvernance, la concurrence entre les acteurs et l’absence de résultat immédiatement opérationnel ont déjà provoqué le départ de certains.

D’autres initiatives existent, par exemple celle d’UBS, Deutsche Bank, BNY Mellon et Santander, qui souhaitent lancer l’Utility Settlement Coin en 2018, dont le fonctionnement s’inspirerait de la blockchain Bitcoin. Mais « il s’agit plutôt d’une nouvelle architecture IT permettant de faire de la compensation et du règlement plus rapidement », explique Gonzague Grandval, cofondateur de Paymium.