WPO lance une plateforme européenne et multiservices de la « donnée énergie renouvelable ». Entretien avec son fondateur et président, Barthélémy Rouer.
Il s’est passé beaucoup de choses entre la construction de votre premier parc éolien à Haverigg, au Royaume-Uni en 1995 et les 600 sites actuels de production d’énergie éolienne et solaire répartis dans dix pays européens différents et en outre-mer, et pour lesquels vous opérez des services de gestion d’actifs et des services spécialisés. Pourriez-vous nous présenter WPO et la diversification de son offre de service ?
WPO est une plateforme indépendante de gestion d’actifs et des services spécialisés dans les énergies renouvelables (éolienne et solaire) en Europe. L’entreprise supervise 600 sites de production dans douze pays européens pour une capacité de plus de 5 gigawatts, soit 2000 éoliennes et 12 millions de modules photovoltaïques. Aujourd’hui, WPO participe à la production d’électricité de sources renouvelables pour l’équivalent d’environ deux millions de personnes, soit presque la population de Paris intra-muros. Elle propose des solutions de gestion technique, commerciale et financière et compte parmi ses clients plus de 360 sociétés parmi lesquelles des fonds d’investissement, des assureurs, réassureurs, des développeurs, des banques, des sociétés d’économie mixte ou encore des producteurs indépendants d’électricité.
Vous allez très prochainement lancer une offre au public de jetons (ICO), – GreenTokens, qui a obtenu un visa de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Comment cela s’est-il passé ?
Mettre en place une ICO n’est pas plus simple que mettre en place une IPO. Nous travaillons ce projet depuis plusieurs années et nous sommes fiers d’être la première ICO régulée en France, portant sur un projet industriel. Nous avons travaillé avec l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) depuis nos débuts ainsi qu’avec des acteurs aguerris de l’écosystème. Cela nous permettra de lancer notre offre publique de jetons le 8 Septembre.
Vous souhaitez « monétiser la donnée énergie ». A quoi vont servir ces jetons ? Comment sont-ils émis et entre qui vont-ils circuler ? Est-ce que c’est la même mécanique que les jetons SolarCoin ?
L’obtention du jeton GreenToken ouvre de nouveaux champs de possibilités et modèles d’affaires à tous les acteurs qui décideront de faire partie du Réseau GreenToken. Quatre usages distincts – les 4 GoCerts – définissent actuellement les applications principales du jeton GreenToken. Les membres du Réseau GreenToken seront libres de proposer d’autres usages afin de démocratiser l’adoption du jeton et de créer des modèles d’affaires innovants qui accélèreront à leur tour la Transition Énergétique. Ainsi, le jeton GreenToken gagnera en autonomie à mesure que ces usages s’intensifieront et toucheront l’ensemble des acteurs du secteur de l’énergie. Les jetons seront émis lors de l’offre public que nous lançons le 8 Septembre. Ils circuleront via un exchange français, Savitar.io.
Sur la base de notre expertise reconnue, nous proposerons quatre usages initiaux à ces tokens en circulation, tous vertueux et reconnus comme utiles à l’accélération de la Transition Énergétique digitale et à la préservation de la souveraineté numérique européenne. Le premier usage (moyen de payement thématique) est déjà fonctionnel, les trois suivants seront développés dans les 24 à 36 mois suivant l’Offre au Public. Il s’agira pour le GoCerts2# d’un moyen de trading de l’électricité désintermédié et en circuit-court. Pour le troisième d’un certificat Haute Fiabilité sur la traçabilité de la transition énergétique. Et pour le dernier d’un outil de maintenance prédictive intégrant l’automatisation des assurances et des garanties.
Des GreenTokens sont déjà en circulation ? Pourriez-vous nous expliquer pourquoi et par qui sont-ils utilisés ?
Aucun jeton n’a encore été mis en circulation. Les jetons GreenTokens seront émis à l’issue de la période de souscription, soit le 1er Décembre 2020. Une pré-réservation des jetons GreenTokens est ouverte au public sur le site de l’opération, www.ico.wpo.eu, depuis le 12 mai.
Détenir des jetons GreenTokens, c’est se rend propriétaire d’un actif numérique participant directement, ici et maintenant, à la production d’énergie de sources renouvelables en Europe et à l’accélération de la Transition Énergétique. Cet actif numérique pourra être revendu sur un marché secondaire ou utilisé contre les biens et services de WPO et des autres membres Réseau GreenToken, qui sont des professionnels réputés du secteur de l’énergie acceptant le jeton GreenToken comme moyen de paiement de leurs biens et services en faveur de la Transition Energétique.
Les blockchains dans le domaine des énergies renouvelables sont vues comme le moyen de garantir l’origine verte d’une production électrique ; cela veut-il dire que de l’énergie est vendue comme verte alors que ce n’est pas le cas ?
Le jeton GreenToken n’est pas au sens juridique et n’a pas l’ambition d’être un certificat « vert » (au sens d’une garantie d’origine, par exemple).
Les jetons GreenTokens sont un moyen de paiement thématique utilisable dans le Réseau GreenToken (dont WPO fait partie, comme déjà une douzaine d’autres sociétés) en échange de leurs biens et services en rapport avec les énergies renouvelables.
Vous souhaitez lever 10 millions d’euros correspondant à 15 millions de GreenTokens à travers votre ICO qui va avoir lieu du 8 septembre au 12 novembre prochain, qui peut les acheter et où pourront-ils s’échanger ?
Notre ICO est par définition publique donc tout un chacun peut être investisseur. Les limitations (en particulier géographique : US, Chine, etc.) peuvent être retrouvées dans le Document d’Information, disponible sous ico.wpo.eu.
« Pierre Noizat est le CEO et cofondateur de Paymium et de Blockchain.io, deux plateformes d’échanges de cryptomonnaies. Ingénieur diplômé de l’école Polytechnique, il découvre la technologie Bitcoin en 2009 et décide en 2011 de créer la société Paymium, l’une des premières plateformes d’échanges de Bitcoin au monde. Auteur (“Bitcoin, mode d’emploi”) et conférencier, il nous présente dans cette interview sa société et son point de vue sur l’évolution de l’écosystème blockchain ».
Hervé Pillaud, ancien agriculteur, membre du Conseil national du numérique : « Je pense qu’il existe une plage où il est possible de développer une blockchain qui puisse répondre véritablement aux besoins de chaque maillon de la filière agricole jusqu’au consommateur ».
DTube vise à devenir une alternative à YouTube en permettant à ses utilisateurs de regarder ou télécharger des vidéos via IPFS (en français Système de fichiers interplanétaires), un protocole qui permet le stockage décentralisé de fichiers ; il s’appuyait jusque peu sur la blockchain Steem, à laquelle dorénavant s’ajoute une blockchain maison et open source nommée Avalon. Le modèle de DTube est radicalement différent de celui de YouTube. Sur DTube, ce n’est pas le nombre de vues qui comptent, mais le nombre de votes, afin de privilégier la qualité des vidéos plutôt que la taille de l’audience. Sur DTube, les utilisateurs publient, votent, et commentent le contenu et, à travers ces contributions, gagnent une récompense en jetons, appelé DTube Coin (DTC). Ces jetons leur permettront de promouvoir leur contenu sur DTube ou être échangés contre de la valeur (des devises, des biens ou des services).
En un mot, DTube redonne le contrôle des vidéos à leurs créateur en s’appuyant sur une infrastructure décentralisée et une blockchain à travers un système de récompense.
Monté par une petite équipe multinationale avec l’aide de nombreux contributeurs, l’occasion nous a été donnée d’interviewer Philippe, l’un des cofondateurs de DTube.
BL_X : Quelles sont les différences fondamentales entre DTube et YouTube ?
Philippe : Youtube est centralisé avec une forte pression publicitaire et des données personnelles captées pour créer de la valeur pour Google et les annonceurs. DTube est décentralisé, sans publicité et remet l’utilisateur au centre grâce à la distribution de jetons utilitaires (tokens) valorisant les interactions sociales.
Quel est le modèle de DTube ?
DTube est une plateforme vidéo avec un nouveau business model sans publicité, ne collectant pas les données des utilisateurs. Notre business model est celui des jeux vidéo free-to-play : les utilisateurs peuvent accéder à certains services (accéder aux vidéos, commenter), et en acheter d’autres, comme par exemple, promouvoir un contenu.
Pourriez-vous nous dire pourquoi vous êtes passés de la blockchain Steem à la blockchain Avalon ?
Nous n’avons pas techniquement changé de blockchain, nous utilisons toujours STEEM en parallèle à la blockchain Avalon que nous avons développé. Nous n’avons aucun intérêt de limiter l’accès aux comptes STEEM, notre blockchain nous permet juste d’avoir notre propre token, économie, et règles, au lieu d’hériter des propriétés de STEEM, non-conçues pour un usage purement de type vidéo.
Par conséquent, en postant une vidéo sur DTube, vous pouvez désormais gagner à la fois des DTC (DTube Coins) et des STEEM.
Quatre raisons principales ont mené au développement de la blockchain DTube, appelée Avalon :
L’expérience utilisateur (notamment onboarding) trop complexe sur STEEM, limitant la conquête de nouveaux utilisateurs. L’élément principal que nous avons changé est l’élimination du besoin de ‘staker’ – [conserver des tokens pendant un temps imparti]. Dans la blockchain Avalon, le DTube Coin génère les ressources (comme le Voting Power et la bande passante), tout en étant totalement liquide.
Le système de distribution de token a été repensé, pour donner la chance à tous les utilisateurs, qu’ils soient anciens ou nouvellement arrivés sur DTube (plus d’avantages aux premiers inscrits). L’inflation monétaire est faite pour rester proportionnelle au nombre d’utilisateurs actifs.
Les récompenses (rewards) sont distribuées aux utilisateurs de manière très différente. Pour la monétisation des contenus, nous n’avons plus aucune limite de 7 jours contrairement à STEEM. Concrètement, les votes peuvent rapporter infiniment dans le temps, ce qui est essentiel pour un contenu vidéo.
Le principe « une chaîne – une App » : avoir une seule blockchain pour un usage précis (la vidéo) permet de mieux gérer la montée en charge (scaling) et d’apporter des améliorations spécifiques.
500 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube dans le monde ; est-ce qu’une plateforme décentralisée comme DTube peut supporter cette charge de données ?
Depuis notre dernière mise à jour, il est maintenant possible de poster une vidéo déjà hébergée sur d’autres plateformes sur DTube, en mode “embedded”.
L’upload de fichier direct pointe toujours sur nos serveurs d’encoding. [Processus de conversion d’un fichier vidéo en un format numérique compatible avec tous les types de lecteurs web et d’appareils mobiles]. C’est une technologie stable dont nous pouvons gérer la montée en charge autant qu’on le souhaite.
La vraie difficulté de notre projet consiste à remplacer progressivement ce stockage centralisé, en incitant nos utilisateurs à héberger les vidéos eux-mêmes. C’est un challenge car YouTube donne l’impression aux gens que l’hébergement vidéo est gratuit…
DTube est une plateforme auto-gouvernée, ou un nombre limité de leaders (actuellement 7) sont élus et sont en charge de produire les nouveaux blocks et de sécuriser l’infrastructure. Chaque utilisateur de DTube peut voter pour un maximum de 5 leaders. Expliquez-nous comment cela fonctionne.
Notre blockchain utilise un consensus de type Delegated Proof-of-stake (DPoS), tout comme EOS ou BitShares. Nous sommes actuellement à 10 leaders actifs, nous visons 20 leaders actifs pour le mainet, élus par la communauté DTube.
Sur la page election, tous les utilisateurs possédant du DTC peuvent voter pour leur leader. Par exemple, si vous possédez 100 DTC, vous pouvez distribuer 10 000 votes pour les leaders. Si vous votez pour 3 leaders, ils recevront 3 333 votes chacun. Ces top leaders, faisant tourner une node (un nœud), sont alors autorisés à participer à la création de blocs. Le DPoS (Delegated Proof of Stake) est le meilleur choix pour permettre une production rapide de blocs (toutes les 3 secondes) et gérer un grand nombre de transactions par seconde.
Parlez-vous de votre Initial Exchange Offerings (IEO) ?
Depuis le 20 septembre, la première private sales de DTube est ouverte : https://token.d.tube/
Nous nous adressons en priorité à nos utilisateurs et aux tout « petits » investisseurs intéressés par le web décentralisé. Dans les mois à venir, DTube vise à réaliser une ou plusieurs IEO (Initial Exchange Offerings), levées de fonds se faisant par le biais d’une pré-vente de jetons sur une plateforme d’échange.
Nous sommes actuellement en discussion avancée avec les leaders mondiaux des plateformes d’échanges de cryptomonnaies.
La plateforme est-elle déjà ouverte à tous ? D’où proviennent les vidéos actuellement en ligne via DTube ?
Tout le monde peut gagner ses premiers DTube Coin (DTC) en uploadant, votant et commentant des vidéos.
Par ailleurs, l’accès aux vidéos est accessible à tous à l’adresse d.tube (sans être loggué)
Les vidéos actuellement sur la plateforme proviennent de créateurs (vloggers, crypto-enthousiastes), de curateurs de contenu. Certaines sont hébergées via IPFS, d’autres sur des plateformes vidéo traditionnelles, le partage étant désormais possible à partir d’une url.
Comment voyez-vous DTube dans 5 ans ?
DTube a l’ambition de devenir le nouveau leader des réseaux sociaux liés à la vidéo, plaçant le respect de l’utilisateur et la transparence avant tout.
Aujourd’hui, notre audience tourne autour du gaming, du vlogging, de la cryptomonnaie et de la food. Dans cinq ans, ma grand-mère, mes collègues ou mes enfants devraient considérer DTube comme ils considèrent YouTube aujourd’hui : une évidence.
Réserver… un hôtel ou un appartement, des bureaux, une salle de réunion, un studio de musique ou une galerie d’art. Réserver… un vélo, une trottinette, une voiture, un train, un avion, un bateau, un taxi. Réserver… une place de cinéma, de théâtre, de musée, de spectacle. Réserver… un restaurant, un traiteur… Cette liste à la Prévert pourrait encore continuer. Sur le web, tout se réserve. Ces services sont d’ailleurs devenus le cœur de métier de quelques géants du web, des plateformes de réservation, qui s’accaparent l’essentiel du marché selon leur domaine d’activité, à l’instar de Booking.com et Expedia pour les hôtels.
S’appuyer sur une blockchain pour sécuriser la réservation d’un service entre une entreprise et un utilisateur permettrait de se passer d’intermédiaire, et donc de la commission correspondante qui peut représenter 15 à 35% du prix final.
C’est l’ambitieux pari d’une entreprise créée en 2017 par Vidal Chriqui et Hervé Hababou qui développe un protocole open source appelé BTU Protocol et implémenté sur la blockchain Ethereum.
Ethereum est une blockchain de deuxième génération, inventée en 2015 par Vitalik Buterin. Ce protocole d’échanges décentralisés permet la création de « smarts contracts » qu’il convient de traduire en français par « contrats autonomes » ou, selon son inventeur, « scripts persistants ». Ces contrats autonomes permettent de vérifier et de mettre en application des accords mutuels qui sont enregistrés et consultables publiquement dans la blockchain d’Ethereum. L’intérêt de ces contrats est qu’ils sont autonomes, répliqués dans tous les nœuds de la blockchain, et que, bien sûr, leur exécution ne passe pas par un tiers de confiance pour en garantir la validité. Ethereum met à disposition le standard ERC20, sur lequel pratiquement toutes les ICO s’appuient, ces fameuses levées de fonds en crypto-devises. Mais il existe d’autres protocoles Ethereum, comme l’ERC-721, dont le token n’est pas fongible, l’ERC-1202, un protocole de vote ou encore l’ERC-808, qui nous intéresse ici, un protocole décentralisé de réservation inventé par BTU Protocol.
Ainsi, plutôt que s’attaquer au monopole des plateformes de réservation en créant une blockchain dédiée ou encore un token adossé à une blockchain existante, BTU Protocol propose un standard de réservation sur la blockchain publique Ethereum pour que n’importe quelle application décentralisée ou site web puisse l’intégrer et facilement l’utiliser.
L’écosystème proposé par BTU Protocol prévoit ainsi l’utilisation d’un smart contract fonctionnant sur la blockchain Ethereum, un module à intégrer pour l’entreprise qui propose un service à réserver ou à louer ainsi qu’un jeton, le BTU token, qui sécurise les transactions dans le système. L’objet du jeton BTU est plus d’encourager les comportements appropriés, tels que récompenser les réservations réussies et faire respecter les règles en matière d’annulation tardive et de non-présentation que de spéculer sur sa valeur.
L’occasion nous a été donnée de rencontrer Vidal Chriqui pour en apprendre plus sur BTU Protocol et ses perspectives de développement.
Blockchain__X : Vous avez créé BTU Protocol en février 2018, quel a été votre parcours auparavant ; quand et comment vous êtes vous intéressé aux blockchains ?
Vidal Chriqui : J’ai découvert le Bitcoin par hasard en 2011. En tant qu’ingénieur et architecte qui avait travaillé sur des systèmes distribués, c’était pour moi une découverte fantastique, un chef d’oeuvre d’architecture informatique qui proposait une solution économique à certains problèmes (attaques sybilles) que la technologie ne savait pas résoudre.
Je me suis progressivement passionné pour le sujet grâce à des podcasts et aux ressources disponibles sur Internet pour les développeurs … jusqu’à lancer la première web-série francophone sur le sujet : Blockchain Révolution. J’ai participé à beaucoup d’initiatives, d’évangélisation et travaillé comme conseil sur le lancement de plusieurs émissions de tokens en France et à l’étranger.
Ce qui me passionne avant tout, c’est que nous assistons à la naissance d’un nouveau modèle d’entreprise, de création et de partage de valeur.
L’aboutissement de mon parcours dans cet écosystème est le lancement de BTU Protocol dont nous allons parler aujourd’hui.
BTU Protocol remet en cause les plateformes de réservation centralisées. En une phrase, comment présenteriez-vous BTU Protocol ?
A l’image du bitcoin qui a introduit le paiement pair-à-pair et la disruption des banques, BTU Protocol a introduit la réservation pair-à-pair et la disruption des plateformes de réservations en ligne.
Dit autrement, BTU Protocol propose un circuit-court (ou plus court) pour tous les types de réservations.
Le grand public connaît déjà le circuit-court agricole : plutôt que d’acheter ses aliments à l’hypermarché, on les achète en direct auprès de l’agriculteur. BTU Protocol étend cette logique à tous les secteurs : ainsi, on peut par exemple désormais réserver une nuitée directement chez un hôtelier plutôt que passer par une plateforme monopolistique et se voir dicter une commission élevée.
En proposant un protocole de réservation fonctionnant sur la blockchain Ethereum, vous permettez à des entreprises et des clients d’effectuer des transactions sans passer par un intermédiaire. L’écosystème que vous avez imaginé repose sur des blogueurs, des influenceurs, des groupes médias ou encore des développeurs et des éditeurs de logiciel qui vont intégrer votre outil afin de proposer, à leur audience, de réserver un service ou un bien. Or, pour le client final, la plus value d’une plateforme centralisée est justement de retrouver, en un seul endroit, l’offre la plus large possible. Comment répondez-vous à cette problématique ?
Nous ne sommes pas contre les intermédiaires, nous sommes juste contre les monopoles. En fait, BTU Protocol libéralise le métier d’intermédiaire de la réservation. Grâce à notre widget (ou à nos API pour ceux qui peuvent construire leur UX), tout le monde peut rentrer gratuitement dans le “métier” de la réservation hôtelière. Du coup, on brise les monopoles du secteurs et les commissions peuvent devenir plus « justes ».
Notre approche est très pragmatique : il n’y a pas assez d’utilisateurs capables de manipuler un protocole blockchain et un token, ces nouveaux intermédiaires sont nécessaires car ils permettent aussi de masquer la complexité de la blockchain à leur audience.
A terme (10 voire probablement 20 ans), quand tout le monde saura manipuler des protocoles blockchain, on pourra se passer d’intermédiaires et on basculera dans la réservation pair-à-pair la plus aboutie.
Votre service s’adresse donc plus aux affiliés qui vont intégrer votre widget de réservation sur leur site web qu’à l’utilisateur final qui effectue la réservation. L’intérêt pour l’affilié est de percevoir une commission et pour l’utilisateur final, de réaliser une opération de cash back sur le montant dépensé, payée en BTU Token. Comment cette commission est-elle calculée et que représente-t-elle par rapport à la commission des grandes plateformes de réservation ?
Oui, à ce stade de l’adoption blockchain, notre service vise les sites qui veulent monétiser leur audience et gagner des crypto-monnaies. Nous les appelons des « mineurs » dans une vision de type « generalized mining » car ils « minent » des clients pour les hôteliers ou tout autre fournisseur de service.
Pour les utilisateurs avancés (encore trop minoritaires) qui savent naviguer sur un “dapp-browser”, ils sont directement rémunérés pour leur utilisation du service.
De notre coté, BTU Protocol reverse intégralement la commission donnée par les fournisseurs de services (hôtel, etc…) car le modèle est à 0% de commission pour BTU Protocol.
En octobre dernier, BTU Protocol a lancé à Paris un service de réservation d’une voiture à bas coût, en partenariat avec la société de location de voitures « 2A4R Auto ». Quels sont les retours aujourd’hui ? Pouvez-vous nous en dire plus ?
La flotte a été est intégralement louée en décembre 2018 et l’année 2019 a très bien démarrée. Cette première mise en production nous a permis de faire gagner de la maturité à notre logiciel et préparer une mise en production plus massive dans le secteur de l’hôtellerie.
Coté loueur, les conditions commerciales ont été revues pour favoriser de la location à la semaine ou sur des plus longues durées. Pour les locations moyenne durée, le service a diminué de prix (16 euros par jour en moyenne), mais pour des “journées isolées”, le prix a augmenté. Pour rappel, nous sommes uniquement, le protocole de réservation, ce sont les fournisseurs de service (ici le loueur de véhicule) qui fixent les conditions tarifaires.
Vous avez lancé le 7 janvier 2019 « BTU Hôtel », un service qui permet de réserver sans commission un hôtel parmi plus de 2 millions à travers le monde. Vous vous êtes appuyés sur un éditeur de logiciel qui agrège 110 sources de données dans la réservation hôtelière à destination des grands comptes et des agences de voyages. Quel est leur intérêt de proposer des offres sans commission pour eux?
Grâce à BTU Protocol, l’éditeur de logiciel en question a pu étendre ses canaux de distribution en diffusant son inventaire exhaustif sur des nouveaux segments de clients qui ne sont pas adressables aujourd’hui par une structure commerciale « traditionnelle ». L’avantage est très concret en terme de nouveau business généré.
A noter que le service BTU Hotel est un service qui nous permet d’avoir des retours utilisateurs et améliorer les widgets que nous diffusons via des sites à fort trafic.
BTU Protocol peut également s’appliquer au commerce de bouche. Parlez-nous de votre démonstrateur avec la Maison GK. De quelle manière pourrait-il se généraliser sur ce secteur ?
Il s’agissait pour nous d’un pilote pédagogique pour illustrer le fait que notre protocole s’applique à beaucoup d’autres industries que celle du voyage dont nous parlons beaucoup quand nous donnons des exemples.
Ce démonstrateur a permis de prendre des contacts dans l’industrie de l’épicerie fine qui est très concernée par le circuit court et qui comprend parfaitement les enjeux de notre technologie. Nous espérons étendre rapidement ce pilote.
Vous avez réalisé une importante ICO, de l’ordre de 5,5 millions de dollars. A quoi ces fonds sont-ils destinés et quel est le modèle économique de BTU Protocol ?
Les fonds récolté par notre vente de tokens sont destinés au développement du protocole, à son déploiement et à sa promotion. Nous avons aussi monté un fonds d’écosystème pour accélérer les projets connexes clés qui sont nécessaires au bon fonctionnement de notre protocole. Ainsi, nous avons participé au récent tour de table de Coinhouse, partenaire clé pour l’adoption des crypto actifs par les entreprises utilisatrices de BTU Protocol.
Quant à notre modèle économique, il est très direct : notre objectif est de créer de l’usage afin de valoriser notre token et la réserve (20% de la supply) de la société. C’est l’appréciation (à terme) du token BTU qui permettra de faire perdurer notre écosystème.
Comment voyez-vous l’avenir de la réservation en ligne et quelles sont vos pistes de développement ?
Nous pensons que la réservation du futur va être décentralisée (en terme de canaux) et que notre protocole contribuera à rendre les commissions de ce secteur plus juste. Aussi, la réservation se fera sur des nouveaux canaux tels les assistants vocaux disponibles sur tous les appareils de la maison, également depuis les tableaux de bord des automobiles de la future génération et enfin via les micro-influenceurs.
Pour les utilisateurs, nous basculerons progressivement d’un intermédiaire subi (monopole) à un intermédiaire choisi (micro-influenceur ou nouveaux médias).
Une interview de Clément Bergé-Lefranc, co-fondateur de Ownest.
La « gestion de la chaîne logistique » constitue pour les entreprises un enjeu compétitivité de premier plan qui dépasse largement la simple organisation pratique de leur activité. En anglais « supply chain management », elle désigne le suivi et le pilotage de l’ensemble des flux de marchandises et des flux financiers qu’une entreprise opère entre la production et le client final. Ces flux s’articulent entre une organisation interne (usine, entrepôts, distribution, transports) et des relations extérieures (fournisseurs, producteurs, transporteurs, prestataires).
Depuis le développement de l’informatique, du réseau et des données, la gestion de ces flux s’appuie sur une palette d’outils de planification, de fabrication, d’optimisation des stocks, de transport et d’entreposage, de qualité et de gestion des données s’y rattachant, dont l’ultime objectif est de suivre au plus près, idéalement en temps réel, le mouvement perpétuel d’une entreprise en action.
Parce qu’une chaîne logistique implique des acteurs de plus en plus nombreux, qui parfois ne se connaissent pas ou peu et se font peu confiance, l’utilisation de blockchains pour distribuer la confiance à travers le réseau pourrait considérablement simplifier leurs relations et leurs interactions. A charge cependant d’utiliser ces registres distribués de la bonne manière.
Pour nous en parler, Clément Bergé-Lefranc, co-fondateur de Ownest, une plateforme blockchain spécialisée sur le sujet.
Blockchain__X : Avant de présenter Ownest, pourriez-vous nous décrire le parcours et l’expérience des fondateurs ? Quand avez-vous découvert les blockchains ?
Clément Bergé-Lefranc : Après des études d’économie et de droit en France et de marketing international aux Etats-Unis, j’ai monté et dirigé, avant d’être diplômé, la filiale française d’une société de conseil et de formation dans laquelle je suis resté quatre ans. J’ai ensuite rejoint un éditeur de logiciel, leader français dans le monde de l’assurance pendant quatre ans à nouveau. C’est courant 2015 que j’ai commencé à m’intéresser aux cryptomonnaies et assisté à des conférences sur le sujet, que ce soit en France et à l’étranger. Et c’est lors de ces évènements que j’ai rencontré mes associés, Quentin de Beauchesne et Christophe Henot, avec lesquels nous avons monté une première entreprise de conseil, Ledgys, puis Ownest en 2017.
Nous avons donc tous les trois commencé à nous intéresser aux blockchains vers 2014/2015. Quentin de Beauchesne, ingénieur en électronique de formation, s’est rapidement tourné vers le développement informatique. Il est à l’origine de Cryptofr, une des communautés francophones les plus actives sur le sujet. Christophe Henot, quant à lui, est enseignant chercheur en finance à la Sorbonne. Nous sommes tous les trois très impliqués sur le sujet ; En juin 2016, nous avons co-créé avec Alexandre Stachtchenko l’association La Chaintech pour fédérer les acteurs français des blockchains et faire en sorte de s’exprimer d’une seule et même voix.
Ownest est une entreprise blockchain spécialisée dans la gestion de la chaîne logistique. Si vous deviez décrire votre activité en une phrase, laquelle serait-ce ?
Ownest permet, en terme de responsabilité, de « se refiler la patate chaude sur une chaine logistique »
« Tracer les responsabilités sur une chaine logistique ». C’est à dire, être capable de savoir qui est responsable de quoi sur n’importe quelle chaine logistique. Dit encore autrement, Ownest permet, en terme de responsabilité, de « se refiler la patate chaude sur une chaine logistique ».
La chaine logistique n’a pas attendu les blockchains pour s’informatiser. Les promesses de l’Internet des objets (Internet of things) est de pouvoir associer un tracker à n’importe quel objet afin d’en assurer le suivi en temps réel. Quelles sont les problématiques actuelles rencontrées dans le monde de la chaîne logistique auxquelles répondent précisément les blockchains, et tout particulièrement celle d’Ownest ?
Avec la complexification de la chaîne logistique, il y a de plus en plus d’acteurs mais de moins en moins de responsables
Cela fait effectivement quelques années que le monde de la logistique souhaite géolocaliser des produits. On met donc un tracker sur un produit ; le produit se perd. On retrouve la trace du tracker, identifie l’entrepôt où il doit se trouver et l’on retrouve le tracker… qui s’est finalement détaché du produit. On se retourne donc vers le Responsable de l’entrepôt qui nous assure que le produit, lui, est bien parti. Donc retour à la case départ. Avec la complexification de la chaîne logistique et la diversité des opérateurs qui interviennent, il y a de plus en plus d’acteurs mais de moins en moins de responsables.
En réalité, la problématique de départ, savoir où sont les produits, n’est pas correctement posée. Ce n’est pas tant le produit que l’on souhaite suivre mais la personne qui en est responsable. Chez Ownest, on suit l’objet à travers la chaîne de responsabilité.
On ne créé pas notre propre blockchain, ça n’aurait pas de sens, nous utilisons les blockchains publiques comme outil de sécurisation décentralisé des transferts
On a mis en place un mécanisme de consensus qui consiste à faire se rencontrer des gens qui ont des objectifs différents : pour l’un, ce sera d’avoir le bon produit et de le présenter dans de bonnes conditions, pour l’autre, ce sera de vérifier qu’il est effectivement en bonne condition et le récupérer ; c’est à ce moment qu’opère le transfert de responsabilité et c’est cette interaction que nous enregistrons dans une blockchain. Publique bien évidemment. Pour que le transfert de responsabilité soit opposable à tous, parce que vérifiable par les différents intéressés, il faut que ce transfert de responsabilité soit enregistré dans une blockchain publique, comme Ethereum, mais nous sommes multi blockchains et pouvons travailler avec d’autre comme Litecoin ou encore Ethereum Classic. On ne créé pas notre propre blockchain, ça n’aurait pas de sens, nous utilisons les blockchains publiques comme outil de sécurisation décentralisé des transferts . D’un point de vue métier, nous traçons la responsabilité en plus de l’objet.
Il ne s’agit donc pas de déployer des blockchains pour suivre la hype du moment. Quels sont actuellement les écueils des projets blockchain déployés sur une chaîne logistique ?
Mettre en place une blockchain permet de faire de l’horodatage (timestamping). Tout dépend donc des informations que l’on va horodater. Par exemple, on voit des projets blockchains qui permettent à chacun des acteurs d’une chaine logistique d’horodater du déclaratif. Si quelqu’un déclare n’importe quoi, on pourra rapidement l’identifier. Mais si tout le monde raconte n’importe quoi, cela devient vite beaucoup plus compliqué.
La révolution blockchain, c’est d’agencer les effets collatéraux des objectifs individuels de chacun.
Deuxième type de projet, on va faire en sorte que ce soit les objets (palettes, cartons, camions etc.) qui horodatent automatiquement des informations en les dotant de capteurs et tags. On entre de plain-pied dans le domaine de l’Internet des objets. (lien La rem)Mais le problème, à nouveau, c’est qu’il est très facile d’usurper des composants IOT, qui plus est en masse.
Or ce qui est vraiment révolutionnaire dans les blockchains, c’est que l’on peut individualiser des objectifs : quand on fait un transfert d’un bitcoin, mon objectif, c’est que la personne le reçoive. L’objectif de celui à qui il est envoyé, c’est de le recevoir effectivement. L’objectif individuel du mineur, ce sera de sécuriser la transaction pour percevoir la récompense. La révolution blockchain, c’est d’agencer les effets collatéraux des objectifs individuels de chacun.
Si un projet n’arrive pas à mettre en place un mécanisme de consensus qui soient impliquant pour toutes les parties, le projet ne s’appuie pas sur ce qui fait la plus-value des blockchains.
Beaucoup de projets blockchain vont dans le mur parce qu’ils ne s’appuient pas sur ces objectifs individuels de chacun.
Les blockchains, d’un point de vue politique, signent-elles l’avènement de nouvelles gouvernances ?
Ce sont plutôt de nouvelles formes d’organisation
Rendre transparentes des informations impacte forcément les gouvernances à l’œuvre dans les entreprises. Mais est-ce que ce sont vraiment de nouvelles gouvernances ? Peut-être pas.
Quand on lance un projet aujourd’hui, le premier reflexe est de regarder qui sont les acteurs crédibles et monter le projet en réunissant tout le monde autour de la table. Mais dans une logique Blockchain cela pourrait être de travailler en mode studio pour analyser et comprendre quels sont les objectifs individuels de chacun, sur toute la chaîne de valeur, et voir comment leur apporter une solution individuelle. Chacun des acteurs viendraient naturellement autour de la table selon leur objectif propre, ce qui est finalement beaucoup plus simple. Ce sont plutôt de nouvelles formes d’organisation.
Vous avez déployé pour Carrefour un applicatif qui permet de tracer les supports de manutention entre ses entrepôts, les transporteurs indépendants et les magasins de proximité. Quelles étaient les problématiques de départ pour Carrefour ?
Celles classiques de logisticien : des pertes, des vols, des dégradations de supports de manutention. Carrefour avait commencé le déploiement de tracker LoRa, un dispositif électronique de suivi qui utilise un réseau bas débit dédié à l’Internet des objets. (lien La rem – internet bas débit). Nous sommes venus nous greffer sur le projet et avons déployé notre solution. Assez rapidement, Carrefour s’est posé la question de savoir ce qui était le plus important : avoir l’information certifiée de la chaîne de responsabilité ou équiper de tracker une flotte de supports de manutention… Le test se prolonge sur la région Ile-de-France et concerne le suivi de plusieurs dizaines de milliers de supports.
Il s’agit donc de pouvoir tracer, en temps réel, l’ensemble des supports de manutention qui transitent entre les entrepôts de Carrefour, les transporteurs indépendants et les magasins de proximité. Concrètement, qu’est-ce que le projet T-Roll a changé dans le quotidiens des travailleurs qui manipulent ces supports ? Est-ce qu’il a fallut les former ?
L’objectif était de créer l’interface la plus simple possible pour que quiconque puisse s’en emparer. Nous avons développé une application, accessible en Webapp et en applications natives (Google et Apple). L’interface permet de détenir et de gérer son « portefeuille de responsabilités », c’est à dire accepter, transférer, refuser une responsabilité. C’est très simple, Un projet Ownest c’est finalement plus de la conduite du changement.
Sur quels projets ou déploiement opérationnel travaillez-vous en ce moment ?
Nous déployons en ce moment un produit avec La Poste, « Delivery from store », qui s’adresse à une clientèle étrangère qui fait ses achats en boutique et souhaite ensuite se faire livrer à l’hôtel, à l’aéroport ou chez eux, à l’étranger. Ownest s’occupe du transfert de responsabilité sur la chaine logistique. Lorsqu’un client étranger rentre dans un magasin et fait un achat, la responsabilité du produit incombe d’abord à l’enseigne, puis se transfère au centre de traitement de La Poste, puis aux services de transport etc. Nous avons initié les premiers tests de ce produit La Poste avec une enseigne de Monoprix pour offrir ce type de service à cette clientèle étrangère.
Nous accompagnons également Orange, sur du déploiement de réseau à l’étranger ou encore travaillons avec CDiscount pour déployer un nouveau service en France.
Comme le rappelle l’Institut International de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM), le trafic de médicaments falsifiés bénéficie d’un ensemble de facteurs favorables : « Appareils législatifs inadaptés, extrême rentabilité du trafic, populations mal informées, pénurie de médicaments, complexité des chaines d’approvisionnement, manque de structures de régulation et de moyens de contrôle, corruption, porosité des frontières ». Les blockchains peuvent-elles constituer une réponse à cet état de fait ?
L’occasion nous a été donnée de poser cette question à Anca Petre, responsable des opérations chez 23 Consulting, qui poursuit un double cursus de Pharmacie et de Management, en s’intéressant de très près à l’impact des blockchains dans le domaine de la santé.
Parmi les nombreux défis soulevés par la contrefaçon de médicaments, les blockchains sont régulièrement présentées comme le début d’une solution. Rien qu’en 2016, et seulement à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, 41 800 colis de faux médicaments ont été saisis en 2016, soit 1,5 million de comprimés. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un médicament sur dix dans le monde est une contrefaçon et ce chiffre pourrait atteindre sept sur dix dans certains pays d’Afrique. Les ravages provoqués par ces faux médicaments sont pour le moins alarmants. Toujours selon l’OMS, au moins 100 000 personnes ayant pris de faux médicaments meurent chaque années en Afrique, et 700 000 dans le monde. Le marché des contrefaçons génèrerait un chiffre d’affaire estimé à 200 milliards de dollars par an, selon une étude du World Economic Forum, un chiffre qui aurait presque triplé en cinq ans.
Blockchain-X : Depuis quelques temps maintenant, les blockchains sont présentées comme une solution efficace pour lutter contre ce fléau mondial. Jusqu’à présent, les technologies présentées pour assurer une traçabilité des produits pharmaceutiques se concentraient autour des codes 2D et de la RFID, et de Pedigree aux Etats-Unis, qui n’est pas une nouvelle technologie mais un principe de suivi de la commercialisation des médicaments. Qu’apporte les blockchains de nouveau ?
A.P. : Les blockchains sont une solution complémentaire aux méthodes utilisées aujourd’hui pour identifier, authentifier et tracer un médicament. Cette technologie permet à des acteurs qui ne se connaissent pas et qui ne se font pas confiance d’échanger des données sensibles dans un cadre sécurisé. La supply chain est un cas d’usage idéal. La blockchain, en tant que grand registre numérique, permet de conserver l’historique de distribution du médicament représenté par les transactions ayant eu lieu à chaque étape menant du fabriquant à la dispensation. Jusqu’à présent il était difficile de visualiser l’ensemble de la chaîne et de s’assurer de son intégrité car les informations n’étaient pas partagées de bout en bout. La blockchain apporte donc une réponse à ce manque de transparence.
Il est cependant important de noter que les blockchains pourront fonctionner en plus de toutes les mesures déjà prises pour protéger le médicament. C’est une technologie complémentaire aux témoins d’inviolabilité ou au Data Matrix. Il faut voir cela comme un élément de sécurisation supplémentaire.
Le « marché des médicaments » repose sur une chaîne de distribution réunissant de nombreux acteurs jusqu’au consommateur final. Est-ce que les blockchains pourraient servir de technologies d’authentification, d’identification et de traçabilité à la fois pour les professionnels et les particuliers ?
La blockchain est une technologie conçue pour permettre l’authentification et la traçabilité de l’information. Ceci est particulièrement intéressant dans un contexte de lutte contre la contrefaçon. La problématique repose sur le fait de trouver les leviers qui encourageront les professionnels de la supply chain à adopter cette technologie. Par exemple, pour les laboratoires pharmaceutiques, l’enjeu est clair puisque les médicaments contrefaits représentent un grand manque à gagner financier. Cependant pour lutter de manière efficace contre ce fléau il est nécessaire d’avoir une traçabilité de bout en bout de la chaîne de distribution. Il n’est pas envisageable de laisser un chainon vulnérable. Il faut donc agir à tous les niveaux et auprès de tous les professionnels de la supply chain. C’est là que réside le défi le plus important. Convaincre tout le monde de la pertinence de l’utilisation de la blockchain et leur prouver que cela entraînera un retour sur investissement.
Concernant le patient, l’intérêt porté à l’origine d’un médicament diffère en fonction des régions du monde. Dans certains pays, la contrefaçon représente un véritable problème de santé publique et la population est sensibilisée à cela. Dans des pays comme le France, le problème est moins important et les patients n’ont pas le réflexe de se poser des questions sur l’origine des médicaments qui leurs sont délivrés. Là encore, il faut réaliser un travail de sensibilisation important.
Tous les pays du monde ayant un solide système de santé ont missionné une agence ou un établissement public dont le rôle est d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments : Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA, « Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux »), en France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), en Europe, l’Agence européenne des médicaments (AEM), en Angleterre, La Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency (MHRA). Quel pourrait être le rôle de ces institutions publiques face au déploiement d’initiatives de blockchain éparpillées dans différents pays ?
Utiliser la blockchain dans la supply chain pharmaceutique requiert deux éléments : un travail avec tous les participants et une évolution des standards et de la réglementation. Afin que l’adoption devienne systémique, tous les acteurs doivent coopérer dans le but de bâtir un cadre favorable à l’implémentation d’une technologie décentralisée et transparente. Des initiatives isolées d’un laboratoire pharmaceutique n’aurait que peu d’impact. Il est donc évident que les Autorités Réglementaires doivent participer à la discussion. A l’heure actuelle, en Europe, les informations sur la distribution d’un médicament convergent vers un hub européen. On y retrouve les données sur libération d’un produit par le fabricant et sur sa dispensation par une officine. Cela est très éloigné de la traçabilité de bout en bout et décentralisée amenée par la blockchain. Il faut donc instaurer un dialogue avec toutes les parties prenantes afin de faire évoluer le système.
Merci !
Le 14 mai prochain, 23 Consulting publiera un rapport sur la technologie blockchain dans la supply chain pharmaceutique.
Le pari d’O’Claire : passer d’une distribution centralisée de l’eau potable dans les pays en voie de développement à une distribution décentralisée, ici en Côte d’Ivoire :
L’occasion nous a été donnée d’interviewer ses co-fondateurs, Christophe Campéri-Ginestet, Hervé Le Berre et Thierry Merquiol, pour en apprendre plus sur la manière dont l’entreprise fonctionne ainsi que sur ses projets de développement.
Blockchain-x : O’Claire est une filiale de la société Sunwaterlife qui produit et vend de l’eau potable aux populations dans les pays en voie de développement. Avant de nous intéresser à l’activité d’O’Claire, pourriez-vous nous dire qui est Sunwaterlife et quels sont ses produits ?
O’Claire : Sunwaterlife est une entreprise qui conçoit, développe, produit et commercialise des systèmes de purification d’eau, mobiles et autonomes en énergie pour la rendre potable. Deux gammes de produits : des valises ultraportables (Aqualink UF ou trip) qui permettent d’alimenter en eau potable des populations isolées ou en état de catastrophes naturelles (Haïti, Saint Martin), jusqu’à 800 l/j, des kiosks autonomes produisant jusqu’à 1 000 l/h d’eau potable à partir de n’importe quelle source d’eau contaminée.
O’Claire s’appuie donc sur les systèmes Aqualink Kiosk produit par Sunwaterlife et vise à promouvoir l’accès à l’eau potable dans les communautés les plus vulnérables en la produisant et en la vendant sur place. Comment est née cette idée de passer de la vente de produits à la vente de services ?
Deux aspects principaux nous ont conduit à cette décision : distribuer une eau de qualité homogène quel que soit le lieu de production sous la marque O’CLAIRE, et permettre sa diffusion sur trois continents, à des tarifs adaptés aux consommateurs finaux.
Pour garantir la qualité de l’eau de bout en bout, il faut maîtriser l’ensemble du processus, depuis l’alimentation en eau brute jusqu’au conditionnement de l’eau potable en bonbonnes. Des contrôles permanents tout au long de la chaîne sont nécessaires pour garantir la potabilité de l’eau. Seule l’exploitation des kiosks par sa filiale O’CLAIRE permet cette sécurité et garantir ainsi la qualité de la marque O’CLAIRE, partout dans le monde.
O’CLAIRE, propriétaire et exploitante des unités de Sunwaterlife, permet des implantations sans investissements souvent inaccessibles aux institutions ou territoires locaux. La rapidité de mise en place est un atout pour les populations. Et O’CLAIRE peut maitriser les coûts et donc les tarifs.
Pourriez-vous nous présenter l’équipe et nous dire quelques mots sur la Fondation O’Claire ?
Christophe Campéri-Ginestet est ingénieur en physique et détenteur d’un PhD du Georgia Institute of Technologies (USA). Christophe a assuré le développement commercial de systèmes solaires hybrides et a développé des systèmes solaires pour sites isolés en Afrique. C’est là qu’il rencontre Hervé Le Berre avec qui il fonde Sunwaterlife pour concevoir, fabriquer et développer des unités autonomes à petit prix pour la purification d’eau. De formation technique, Christophe a acquis des compétences de développement de sociétés dans un environnement complexe et international. Son parcours international et multiculturel, à l’interface avec les laboratoires de recherche, l’a préparé à l’aventure de O’Claire. Il va mettre son empathie, sa capacité d’écoute et son aptitude à la gestion de conflits au profit du projet.
Au sein de O’Claire il va définir et communiquer la stratégie et s’assurer qu’elle est bien appliquée. Son objectif : fédérer les équipes autour du projet commun, garantir la philosophie et l’esprit de l’entreprise dans les différents bureaux pays.
Après des études de droit et de gestion, marketing et commerce, Hervé Le Berre débute sa carrière dans les grands groupes où il a développé ses compétences commerciales. Puis il a plongé dans les énergies renouvelables sur le territoire européen et africain. Il a ouvert les sociétés Alterpro Energie et Enersol Europe Afrique Groupe. En Afrique, où il a rencontré Christophe, Hervé a décidé de se lancer dans la création de Sunwaterlife, dont il est le directeur général, pour répondre aux problématiques de potabilisation de l’eau pour les populations locales à des prix abordables.
Hervé va mettre son expérience de gestionnaire d’entreprises en environnement international et complexe, pour la réussite de O’Claire. Ses compétences en gestion financière permettront la mise en place d’outils de pilotages performants.
Thierry Merquiol est ingénieur en procédés industriels (France et Canada), Thierry a débuté sa carrière dans l’industrie à des postes de R&D, responsable de marchés, direction commerciale puis gestionnaire de centres de profit. Depuis plus de 15 ans, Thierry favorise le développement d’entreprises technologiques innovantes en créant un espace et des méthodes favorables à la création. Force d’innovation et de proposition, il a disrupté le monde du capital-risque en créant la première plateforme d’equity-crowdfunding.
Thierry, associé de O’Claire souhaite mettre son énergie et sa capacité d’innovation au service du projet pour lui permettre d’atteindre son ambition.
Au sein de O’Claire, il va accompagner les dirigeants dans l’opération d’ICO puis participer à la définition des stratégies et à leur mise en œuvre.
O’Claire a créé un fonds de dotation, www.oclairedonation.org afin d’intervenir dans despays ou des zones très défavorisées ou bien pour pouvoir apporter sa contribution lors de catastrophes naturelles ou humaines, ou encore agir pour des causes qui sont compatibles aux valeurs de la société et à ses fondateurs.
Le fonds de dotation peut intervenir selon trois modèles :
Distribution gratuite de Watercoin, cryptomonnaie permettant l’achat d’eau potable produite par les kiosks exploités par O’Claire,
Mise à disposition gratuite et immédiate d’unités portables de production d’eau potable issues de son stock stratégique (50 valises type aqualink),
Interventions financières au cas par cas plafonnées à 10 000 € chacune.
O’Claire s’engage à alimenter le fonds de dotation de sa fondation à hauteur de 10% de son résultat courant avant impôt. Elle sera dotée de 100.000.000 de WTR réservés lors de l’Initial Coin Offering (ICO) pour les deux premières années.
Pourquoi avoir choisi de s’appuyer sur une blockchain ? Comment fonctionne-t-elle ?
Outre le parallèle avec l’exploitation d’un réseau de kiosks décentralisés, l’utilisation d’un cryptoactif basé sur une blockchain permet un suivi et un traçage des échanges de Watercoins WTR. Cette technologie va nous permettre de garantir le parcours d’un WTR depuis sa création jusqu’à son utilisation. Et éviter ainsi toute « évaporation »… De plus, cette blockchain va permettre de diffuser des WTR via des SMS pour les utilisateurs finaux.
Le Watercoin (WTR) émis par O’Claire permettra donc à la fois de lever de l’argent pour financer l’activité de la société et en même temps d’offrir des transactions sécurisées auprès des populations visées. Comment cette population aura-t-elle accès au Watercoin, sera-t-il possible de payer de l’eau autrement ?
Effectivement, ce crypto-actif est un token d’usage. Il va permettre d’acheter de l’eau O’CLAIRE directement aux kiosks. Le Watercoin WTR sera échangeable contre un litre d’eau. Il sera soit stocké dans une carte RFID, soit utilisable via une application, soit encore via un sms (pour les portables les plus courants). Evidemment, tout wallet compatible Ether pourra également être utilisé.
Comme c’est le cas aujourd’hui, les consommateurs pourront continuer à acheter de l’eau en monnaie FIAT, en espèces, via des solutions Orange Pay ou des cartes pré-payées.
Vous visez à terme de proposer à l’achat et à la vente le Watercoin sur des plateformes d’échange. Comment le prix de l’eau va-t-il être ajusté entre ceux qui se servent de votre crypto-actif pour acheter de l’eau et ceux qui spéculent ?
L’objectif de O’CLAIRE est de participer à la régulation du cours de l’eau potable dans les pays en voie de développement. Le Watercoin WTR est un très bon outil pour cela. Le prix de l’eau potable en sortie de kiosk fixera de facto la valeur maximale du WTR. En effet, pourquoi utiliser un token qui coutera plus cher que l’eau produite localement ?
Quel sera le prix de l’eau ? De quelques dizaines de centimes d’euros à ce jour jusqu’à peut-être un euro dans quelques années. Lors de l’ICO le WTR aura une valeur de 0.02€ (0.01€ dans la phase de PRE-ICO). La spéculation sera forcément limitée entre cette valeur et le prix de l’eau vendue au kiosk.
Avez-vous déjà développé un portefeuille en ligne (wallet), et est-il disponible sur mobile. Où en êtes-vous de votre feuille de route technique ?
Le développement d’un wallet adapté au WTR sera lancé dès la fin de la PRE-ICO. Il sera disponible sur mobile et via SMS pour les portables classiques, très utilisés par les populations concernées. Avec notre partenaire Solid, nous travaillons sur un projet de blockchain propriétaire. Mais la décision n’est pas encore arrêtée sur le choix définitif.
Côté kiosks, tout est prêt. Il ne reste qu’à les déployer sur les lieux d’implantation déjà retenus (Côte d’Ivoire, Kenya, Sénégal, Bolivie, Cambodge). Dès la fin de l’ICO !
Vous êtes sur le point de lancer une ICO. Quels sont ses objectifs financiers et où en êtes-vous de la prévente ?
L’ICO démarre le 1er mai prochain (PRE-ICO du 1er au 30 avril). Les objectifs sont de 20M€ sans softcap car il s’agit d’étendre un réseau de kiosks déjà existants. La pré-vente porte déjà sur plusieurs dizaines de millions de Watercoins.